Chaque innovation doit être une réponse concrète aux problèmes africains

01 déc. 2014

Chaque innovation doit être une réponse concrète aux problèmes africains © PNUD Burundi / Aude Rossignol / 2014 - Lors du Forum Innov Africa, Florent Youzan, célèbre bloggeur ivoirien, parle de sa propre expérience comme co-fondateur de l’espace d’intelligence collective et d’innovation sociale « O village ».

Florent Youzan co-organise depuis 2012 le forum Innov Africa, soutenu cette année par le PNUD

« J’ai participé pour la première fois au Forum Innov Africa en 2011 à la faveur d’un projet que j’étais invité à présenter, AFRICAWORKERS. Cet  annuaire en ligne des télétravailleurs africains promeut le travail à domicile et mutualise les expériences. L’idée est d’encourager les jeunes à rester chez eux pour travailler, pour mettre sur pieds des équipes et collaborer ensemble à des projets à distance. Créer son propre emploi est une aubaine pour les jeunes en Afrique. Les chômeurs doivent comprendre que le numérique permet de travailler à partir de chez soi et donc de se prendre en charge soi-même !

« J’ai tout de suite perçu Innov Africa comme une plateforme qui permet aux jeunes de construire des ponts plus solides que les murs. Chaque édition du forum nous permet de repartir chez nous avec de nouvelles briques d’innovation qui peuvent être répliquées pour répondre aux problèmes locaux. Ce forum est aussi une opportunité pour les intelligences africaines de se rencontrer, de donner vie à leurs projets et de créer un excellent réseau de collaborations Sud-Sud. C’est une chance que la jeunesse africaine s’offre à elle-même et à tous ceux qui se posent la question de comment réinventer l’économie de l’Afrique. Les innovateurs de différents secteurs peuvent ensemble solutionner les problèmes africains. Chaque problème est une opportunité d’innovation, et que chaque problème est une idée d’entreprise !

« Lors de ma première participation en 2011, j’ai découvert le concept JERRYCAN. J’ai tout de suite compris que ce projet était un vecteur de transmission de l’ADN de l’innovation ! Un ami informaticien s’est proposé d’étudier le projet et d’organiser des formations à Abidjan. Il a lancé le premier atelier de fabrication de Jerry en Afrique où 50 jeunes ont appris à construire des ordinateurs en bidon. Nous avons continué par la suite à promouvoir la fabrication de Jerry partout en Côte d’Ivoire et en Afrique.

« Ce concept est très intéressant car il est axé sur la réutilisation. Il amène la jeunesse à recycler, à penser à l’économie circulaire et à démystifier l’informatique. Les ordinateurs classiques arrivent chez leurs utilisateurs dans une boîte noire et seul le spécialiste sait ce qu’il y a à l’intérieur ! Avec le Jerry, on ouvre, on démonte, on comprend. Les bidons sont gratuits et sont de toutes dimensions. On en trouve toujours un qui convient pour contenir les pièces informatiques de recyclage sélectionnées. Dans les ateliers Jerrycan les participants apprennent à assembler des composantes informatiques mais ils apprennent aussi à ajouter de la valeur en personnalisant le Jerry qu’ils montent. L’avantage éducatif est important car il transmet des valeurs de partage et fédère plusieurs intelligences.

« En Côte d’Ivoire les étudiants qui ont déjà été formés à ce reconditionnement informatique instruisent d’autres jeunes. Ils créent de manière informelle un troisième lieu d’apprentissage dans les quartiers.

« Chaque Jerry peut avoir une fonction précise déterminée par les besoins de la localité et les attentes des constructeurs. Par exemple en Côte d’Ivoire nous avons conçu un Jerry « serveur de diffusion » qui permet de suivre les grossesses des femmes grâce à l’envoi de SMS.

« Ce projet transmet des valeurs qui militent pour le développement humain et communautaire. Les jeunes reprennent confiance en eux-mêmes en apprenant la soudure, ils se mettent à disposition de la communauté et par ce biais permettent à la communauté elle-même de reprendre confiance...

« Ce projet ne forme pas de simples techniciens mais des techniciens formateurs, transmetteurs d’une philosophie plus importante que le bidon ».