Le Burundi est-il sur la voie de la transformation économique et de la création d’emploi pour les jeunes ?

27 juil. 2015

Le Burundi est-il sur la voie de la transformation économique et de la création d’emploi pour les jeunes ? © PNUD Burundi / Aude Rossignol / 2014 - Le chômage qui représente le principal danger pour la stabilité du pays. Il est temps de réorienter l’agenda économique du Burundi vers une stratégie de transformation structurelle qui pourrait conduire à une croissance inclusive créatrice d’emplois, qui serait durable, et dont le premier objectif serait de répondre aux besoins spécifiques des jeunes.

Le Burundi sort d'une décennie et demie de guerre civile sanglante et est par voie de conséquence l’un des pays les plus pauvres d’Afrique avec, en 2012, un Produit intérieur brut (PIB) par habitant équivalant à 230 dollars US (286 USD avant la crise de 1993). Selon le Rapport national sur le développement humain 2013 (RNDH), le pays a perdu près de deux décennies de croissance des revenus. Le Burundi a un énorme potentiel en ressources naturelles, particulièrement des gisements minéraux, mais souffre de son enclavement, du manque d’infrastructures, d’un climat des affaires peu attractif,  d’une main-d’œuvre peu qualifiée et de l'inadéquation entre l’offre et la demande de qualifications.

À cela s’ajoute une pression importante sur les ressources naturelles en raison de la densité de population, l’une des plus fortes en Afrique (350 habitants/Km2), et d’une croissance rapide de la population (2,6% en 2014), en particulier dans les zones rurales où vivent 90% de la population. Cette pression, attribuable aux méthodes traditionnelles d’agriculture, est responsable d’une dégradation continue et accélérée de l’environnement naturel. Par exemple, les projections présentées dans le rapport national sur les OMD 2015 indiquent que dans 24 ans, si rien n’est fait pour atténuer la vitesse de la déforestation, il n’y aura plus de forêt au Burundi. Les effets négatifs de l’érosion des sols sur le cadre de vie et le déclin des capacités de production, tout particulièrement dans le secteur agricole, ont des répercutions socio-économiques sévères principalement sur les pauvres, dont les moyens de subsistance dépendent des ressources naturelles.

Malgré les défis mentionnés ci-dessus, nombre d’études (PNUD 2012, AFDB PNUD OCDE, 2012, 2013, 2014) ont montré que depuis 2005, le Burundi a connu par moments un niveau de croissance économique supérieur aux taux de croissance mondiaux moyens. Cependant, si la croissance positive est une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante pour assurer à chacun la disponibilité d'emplois productifs et la diminution de la pauvreté. Une proportion significative de la population, spécialement les jeunes, se sent marginalisée et frustrée. En l’absence d’un processus politique qui permette aux jeunes de s’exprimer et d’exercer une influence sur les politiques publiques, le retour à l’instabilité,  qui a affligé les années 90, reste une menace toujours présente. Avec 65,3% de la main-d’œuvre constituée d’une population jeune, âgée entre 20 et 24 ans, la création d’emplois devrait être une préoccupation centrale des autorités burundaises. Si les instruments d’une politique pacifique ne sont pas adaptés ou ne sont pas suffisamment réactifs, le risque existe que les jeunes gens expriment leur mécontentement de manière violente. Leurs griefs ont trait au chômage et à ses répercussions sur les revenus et la cohésion sociale. Un jeune sur deux qui a rejoint un mouvement rebelle cite le chômage comme raison principale de son ralliement à l’un de ces mouvements (Banque mondiale, 2011b). Depuis 1989, le Liberia, par exemple, a connu deux guerres civiles qui ont été alimentées par un mélange explosif de divisions ethniques, d’élites prédatrices, de corruption et de course aux profits tirés de l’exploitation des ressources naturelles. Mais aujourd’hui, au Burundi, c’est le chômage qui représente le principal danger pour la stabilité du pays. Il est temps de réorienter l’agenda économique du Burundi vers une stratégie de transformation structurelle qui pourrait conduire à une croissance inclusive créatrice d’emplois, qui serait durable, et dont le premier objectif serait de répondre aux besoins spécifiques des jeunes.

Des données nationales et internationales récentes montrent que le PIB a augmenté de 4,7 pour cent en 2014, en augmentation par rapport aux 4,3 pour cent de croissance en 2013. Pour conserver cette impulsion et atteindre de plus hauts niveaux de croissance, des réformes structurelles des secteurs économiques doivent être entrepris en même temps qu’une réduction graduelle des secteurs à faible intensité de travail. À cette fin, l’agro-industrie, le secteur manufacturier (à forte intensité de travail) et le secteur des services ‒ tout spécialement les services exportés ‒ devraient être ciblés et renforcés. Plusieurs politiques à court et long terme peuvent être mises en œuvre. À court terme, des politiques expansionnistes et budgétaires et monétaires anticycliques, centrées sur l’accroissement de l’investissement dans les infrastructures et le développement du capital humain peuvent être mises en place. Dans ces investissement on donnera la priorité aux activités à forte intensité de travail et favorisant l’emploi des groupes vulnérables. Étant donné l’ampleur de son capital humain inexploité et des politiques budgétaires historiquement prudentes, il n'y a aucun risque pour que le Burundi déstabilise son environnement macro-économique. Le pays peut aussi étendre les services publics comme les services médicaux, l'éducation, l'approvisionnement en eau et l'assainissement pour créer des emplois  à court terme.

À long terme, il est important d'allouer des ressources financières significatives aux secteurs prioritaires ou à la chaîne des investissements directs étrangers dans des secteurs clés. Cela devrait impliquer la promotion des exportations de services, l'agro-industrie, les industries « vertes » comme les énergies renouvelables, dans lesquelles le Burundi pourrait avoir un avantage comparatif,  ainsi que la création d'un environnement favorable à l'investissement du secteur privé et à la création d’emplois. De plus, étant donné la taille modeste de l'économie du Burundi, réaliser un haut niveau de croissance capable de créer des emplois décents dépend de l'ampleur de l’accès du Burundi au marché international, de la vitesse de son intégration régionale à la sous-région et de ses efforts à promouvoir le commerce
intra-africain.

Finalement, puisque le chômage des jeunes persiste et demeure élevé, les politiques ciblées devraient être mises  en œuvre pour aborder l'inactivité de manière à la réduire considérablement. Plusieurs études indiquent que le manque de formation et d'expérience professionnelle, la disparité spatiale et la discrimination sur le lieu de travail sont les raisons du haut niveau du chômage des jeunes. Pour remédier à cette situation, des programmes de formation professionnelle et des initiatives pour décentraliser la création d’emploi devraient être mis en place, afin de rapprocher les emplois des jeunes vivant à la campagne et tirer profit de l'industrialisation dans les zones rurales.

En général, aujourd'hui, le Burundi doit encore s'engager dans une transformation appropriée de son économie dans la perspective d'une émergence possible. Le plus inquiétant est l'agitation civile actuelle contre la candidature controversée du Président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel. La situation qui a commencé à peser sévèrement sur l'économie et la vie quotidienne du pays, semble devoir empirer. Une grande partie de la communauté Internationale, dont les principaux donateurs comme l'Union européenne, la Belgique et les Etats-Unis, a exprimé des préoccupations concernant les  mesures prises en violation de l’Accord d'Arusha et appelé au dialogue politique pour préparer des conditions et un environnement favorable à des élections libres, crédibles et justes. Un certain nombre de donateurs ont suspendu leur aide financière et leurs missions d'observation électorales ; soulignant qu’un risque important existe d’un retour à l'échelle nationale de la violence au Burundi,  ce qui non seulement mettrait fin à la paix et nuirait sévèrement à la croissance économique progressivement rétablie depuis 2005, mais aurait aussi des conséquences déstabilisatrices dans la région et marquerait un échec de l’entreprise de consolidation de la paix.

Par exemple, l'agitation a sérieusement perturbé les affaires dans Bujumbura et la monnaie du pays, le franc burundais, a chuté face au dollar, incitant beaucoup de Burundais à se précipiter pour échanger des francs contre une devise forte avant qu'ils ne s'affaiblissent encore plus. Le système de perception des impôts du pays a cessé de fonctionner normalement, mettant en péril les moyens d’existence de dizaines de milliers d’employés du gouvernement dans la capitale et d’autres cités. Selon les autorités fiscales, burundaises, environ dix et seize milliards de francs burundais de déficit  des recettes fiscales ont été enregistrés respectivement en avril et mai 2015.

Les Nations-Unies estiment que depuis le début de la crise plus de 175 000 Burundais ont quitté le pays pour trouver refuge dans les pays voisins.

Afin de renverser la tendance mentionnée ci-dessus, de soutenir et d’améliorer la croissance économique, les autorités devront travailler dur pour rétablir la paix et la sécurité, et aussi accorder une attention particulière aux cinq principaux facteurs suivants :

Premièrement poursuivre les transformations structurelles en réduisant la dépendance aux matières premières (principalement le café et le thé) et aux ressources naturelles, ainsi qu’une vigoureuse initiative pour ajouter de la valeur à ces produits de base en continuant une industrialisation à base de produits primaires et de ressources naturelles et à forte intensité de main-d’œuvre.

Deuxièmement poursuivre vigoureusement un programme d’amélioration de la productivité en grande partie conduite par l'innovation à base de technologie, en tirant parti du démarrage tardif du Burundi pour apprendre des autres et adapter localement une telle connaissance.

Troisièmement réduire le coût des activités pour mieux attirer les investissements et améliorer la compétitivité de l’économie du Burundi à l’échelle régionale et mondiale. Cela devrait comprendre non seulement une réduction du coût des infrastructures de service, dont l’énergie, les transports et la logistique ; mais également le respect des droits de la propriété, la disparition de la corruption et la réduction des tracasseries administratives.

Quatrièmement améliorer le stock de compétences pour soutenir la transformation structurelle et l'innovation. À cet égard le Burundi peut exploiter l’explosion démographique de sa jeunesse en la transformant en main-d'œuvre qualifiée bien plus adaptable à la technologie.

Cinquièmement exploiter les initiatives émergentes d’intégration régionale (Communauté de l'Afrique de l'est (CAE), Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) et Communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC)) pour gagner en échelle et en coordination dans la transformation économique.

D’une manière générale, et se basant sur la susdite évaluation analytique, on peut dire que le Burundi est très loin d'être sur la voie de la transformation économique et de la création d’emploi pour les jeunes. Une aide importante et bien coordonnée sera donc nécessaire de la part des Partenaires de développement. Conformément à cette préoccupation, le Bureau de pays du PNUD à Bujumbura a préparé, parmi d'autres activités et malgré la détérioration de l'environnement politique, un programme de développement d’une chaîne d’approvisionnement, impliquant un large spectre de parties prenantes et visant à construire un système de valeur de l'industrie comme contexte d’identification des opportunités de création d’emploi, de développement d’entreprises nouvelles et de responsabilisation dans les produits à valeur ajoutée de la chaîne d'approvisionnement du secteur industriel. Le programme entreprendra une évaluation qualitative de la création actuelle d’emploi dans les divers sous-secteurs du système de valeur ; identifiera les opportunités de création d’emplois nouveaux et la responsabilisation dans les matières premières et les secteurs manufacturiers du système de valeur de l'Industrie du bâtiment. Grâce à ce projet et à beaucoup d'autres politiques de soutien, le PNUD vise à contribuer fortement à la transformation structurelle et à la création d’emplois Burundi, et dont l’impact sera durable.

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