Réintégrer durablement les personnes déplacées et rapatriées au Burundi

29 avr. 2016

Réintégrer durablement les personnes déplacées et rapatriées au Burundi © UNHCR / S. Maengesho / 2015 - Au Rwanda des mères font la queue pour enregistrer leurs enfants après avoir fui le Burundi.

Interview de Mme Natalie Boucly

Pourquoi le PNUD s’implique-t-il dans la recherche de solutions durables ?

« Le PNUD n’est pas le seul partenaire à s’engager dans cette stratégie de solutions durables. En coopération étroite avec le ministère des Droits de la personne humaine, des Affaires sociales et du Genre,  le bureau du Coordonnateur résident du Système des Nations Unies travaille conjointement avec l’UNHCR et  le PNUD pour s’assurer que les personnes déplacées à l’intérieur du Burundi (PDI)[1], les rapatriés et les communautés hôtes soient suffisamment soutenues pour avoir accès aux services de base (l’eau, l’éducation, la santé, la justice, etc. ) ; qu’ils puissent se réintégrer harmonieusement dans leurs communautés sur le long terme. Cet appui multisectoriel vise donc à renforcer les capacités de résilience de ces populations dans les provinces du Burundi les plus touchées.

« L’UNHCR et le PNUD sont complémentaires : en effet, la mission de l’UNHCR est d’organiser, dans des conditions dignes, le rapatriement des populations déplacées à l’intérieur du pays et celles qui se sont réfugiées en Tanzanie, Ouganda, Rwanda ou en République démocratique du Congo (RDC) soit 270 000 personnes.  Le PNUD, de son côté, veille à la réintégration durable dans la communauté de ces mêmes populations. Il  y a donc un lien évident entre l’action humanitaire et le développement de solutions durables, ce qui crée un cercle vertueux et évite, dans la mesure du possible, toute émergence de différend ou de conflit.

« De plus, je rappelle qu’en 2011, le Secrétaire général des Nations Unies, a mandaté le PNUD et l’UNHCR pour travailler conjointement à la réinsertion de ces populations et à la recherche de solutions durables avec elles et pour elles.

Depuis, au sein des Nations Unies, une réelle coordination s’est créée qui engage aussi l’UNICEF, le PAM, et d’autres agences telles que la FAO, l'OIM, le FNUAP, l’OMS[2] , car la recherche de solutions durables et le relèvement précoce nécessitent une approche multisectorielle ».

Un atelier sur les solutions durables et le relèvement précoce des populations déplacées, réfugiés et des communautés d’accueil a été organisé à Bujumbura du 27 au 29 avril.

« Effectivement, pendant trois jours, de nombreux partenaires d’horizons différents ont réfléchi sur ces thématiques : le ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires sociales et du Genre, le ministère de l’intérieur et la CNTB  étaient présents ainsi que les gouverneurs des provinces concernées par ces migrations, les administrateurs communaux, les agences des Nations Unies, les ONG nationales et internationales ainsi que des représentants des personnes déplacées.

« Le but de cet atelier était double. Premièrement, que tous les acteurs impliqués aient une même compréhension de l’approche « solutions durables » et qu’ils arrivent à un consensus pour dégager des solutions adaptées et multisectorielles. Ensuite, que tous les participants identifient ensemble les huit types de critères pour évaluer si les PDI/Rapatriés sont effectivement et durablement réintégrés dans leur communauté.  Parmi ces critères, il y a notamment la sécurité physique et la liberté de mouvement ; l’accès à un niveau de vie suffisant via la sécurité alimentaire, les services de santé, l’eau, l’assainissement et  l’éducation ; la mise en place de dispositifs efficaces et accessibles pour restituer les habitations, les terres et la propriété aux personnes déplacées ou rapatriées. Ou encore le regroupement familial et la participation aux affaires publiques et politiques.

« Cet atelier a débouché sur 14 recommandations parmi lesquelles je voudrais citer celle-ci : la révision de la stratégie nationale d’intégration du Burundi et de son plan d’action pour qu’ils soient en adéquation, non seulement avec le contexte actuel, mais également avec le travail conjoint de tous les partenaires et l’approche multisectorielle. Les participants ont insisté pour que le Cadre stratégique de croissance et de lutte contre la pauvreté (CSLP II) incorpore totalement cette priorité d’intégration dans son développement national et dans le prochain UNDAF 2017-2021[3]. Cela permettra d’accroître les efforts pour stabiliser durablement ces populations migrantes d’un pays à l’autre ou d’une région du Burundi.

Concrètement quelles sont les prochaines étapes et les perspectives pour le PNUD ?

« En étroite collaboration avec le ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires sociales et du Genre, le groupe technique « solutions durables » va procéder à la révision de la stratégie d’intégration nationale et de son plan d’action, avec l’appui du PNUD et de l’UNHCR, d’ici à la fin juin 2016. Il s’agit essentiellement d’analyser ce qui a déjà été fait ; ce qui doit être mis en œuvre et de réaliser une «  cartographie » des actions et des zones d’interventions. Cette stratégie révisée sera présentée au gouvernement pour approbation. « La mobilisation des fonds est une étape essentielle pour pouvoir passer du texte aux actes sur le terrain. Le PNUD apportera son appui, également.

Comme d’autres agences du SNU, le PNUD a revu et continue de revoir de revoir ses priorités programmatiques pour qu’elles coïncident mieux avec la situation actuelle et les défis que traverse le pays, en ce moment. « La recherche de solutions durables et le relèvement précoce des populations déplacées, rapatriées et des communautés d’accueil font partie de ces priorités car elles concernent la création rapide d’emploi pour les jeunes, l’appui à la cohésion sociale et la consolidation de la paix en milieux urbain et rural.

« Bien sûr, nous sommes conscients qu’il existe actuellement des besoins humanitaires sans précédent dans le monde tels que la Syrie, le Yemen etc. C’est un énorme défi de maintenir le Burundi dans le radar de la communauté internationale et de parvenir à mobiliser des ressources. Mais une des clés de la réussite c’est précisément le travail conjoint et multisectoriel que nous mettons en place avec différents partenaires, qu’il s’agisse du Gouvernement, des bailleurs, de la société civile, des ONG et des agences du SNU pour le bien-être des populations burundaises »

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[1] PDI : Personnes déplacées à l’intérieur (du pays) ou IDPs en anglais.
[2] PAM: Programme alimentaire mondial; FAO: Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, IOM-OIM ; Organisation internationale des migrations ; UNFPA-FNUAP : Fonds des Nations Unies pour la population ; OMS : Organisation mondiale de la Santé.
[3] UNDAF : Le plan cadre des Nations Unies pour le développement (PCAD) (en anglais "United Nations Development Assistance Framework", UNDAF) est un document préparé conjointement par le gouvernement d'un État et l'équipe pays des Nations unies présente dans le pays.