Cinquante mille francs burundais pour améliorer le bien-être des plus pauvres des communautés

Cinquante mille francs burundais pour améliorer le bien-être des plus pauvres des communautés locales
© PNUD Burundi / Patrice Brizard / 2017 - À Mutambara, province de Rumonge au sud du Burundi, Adonette Bucumi et Estella Dusabe ont accepté de souscrire un crédit pour financer le démarrage de leur petit commerce.

Cette initiative de crédit développement, reçoit le soutien du PNUD à travers son Programme d’Appui à la mise en convergence territoriale et l’engagement (PACTE). Elle est facilitée par l’octroi de crédits financés par le Fonds de microcrédit rural (FMCR) du ministère du Développement local et par la mise en œuvre localement du projet par la FENACOBU (Fédération nationale des Coopérative d’Epargne et de Crédit (COOPEC)) en collaboration avec la COOPEC de Rumonge.

 

Par Aaron Nsavyimana

Mutambara, province de Rumonge - Des petits crédits de développement, 50 000 FBU (30 dollars), accordés aux familles de communautés locales à moindre revenus, changent la vie de leurs bénéficiaires. Deux femmes, Adonette Bucumi et Estella Dusabe ont accepté de souscrire un crédit pour financer leur petit commerce. En trois mois, grâce à cette créance, Adonette et Estella ont pu améliorer leurs conditions de vie. Elles nous racontent comment leur vie est en train de s’améliorer.

Adonette Bucumi

Adonette Bucumi, 50 ans, est mariée et mère de quatre enfants. Rapatriée en 2006 après 13 ans d’exil en Tanzanie, elle vit aujourd’hui au village de paix de Mutambara, construit spécifiquement pour accueillir les rapatriés.

« Avant d’intégrer le groupe de solidarité, je vivais péniblement au village de paix, comme quand j’étais dans le camp de réfugiés en Tanzanie.  La misère nous a poursuivis au Burundi, car nos propriétés foncières avaient été spoliées par nos voisins pendant notre absence. Nous avons saisi la CNTB (Commission nationale terres et autres biens) pour qu’on nous retourne nos biens volés, mais la décision tarde à venir. Sans autre métier, notre survie ne pouvait dépendre que de l’agriculture.

Ce qu’il faut retenir :

  • Les COOPEC (Coopératives d’épargne et de crédit) sont des organismes de micro-financement. Elles sont présentes dans toutes les provinces du pays.
  • Le cycle du crédit est organisé en phases de 6 mois. Le capital emprunté est de 50 000 FBU. Le remboursement s’étale sur 5 mois et commence à partir du deuxième mois de souscription du crédit.
  • Chaque mois l’emprunteur rembourse 10 000 FBU de capital plus un intérêt de 9 %, soit 900 FBU pendant 5 mois (10900 FBU). Au total, à la fin du cycle de crédit, chaque bénéficiaire aura remboursé 54 500 FBU.

« À notre retour au Burundi, ma famille et moi étions toujours malades à cause de la faim, nous passions souvent une journée sans rien manger et fréquemment nous allions dormir la faim au ventre. Pour gagner de quoi manger, nous étions obligés de cultiver pour les voisins, quelques rares personnes nous ont prêté de petits lopins de terre pour cultiver pour nous, mais beaucoup d’autres nous demandaient des frais de location de terrain que nous n’avions pas. Du fait de cette pauvreté, mes enfants ont dû abandonner l’école, mes trois filles se sont mariées très tôt et mon fils aîné (28 ans), s’est reconverti dans la pêche sur le lac Tanganyika ».

C’est alors qu’Adonette a entendu parler du programme de crédit et a décidé de rejoindre un petit groupe de solidarité, composé de cinq femmes, Tuzokira Twese (Nous allons tous sortir de la pauvreté) pour pouvoir bénéficier du crédit et lancer son propre petit commerce.

« J’ai choisi la fabrication et la commercialisation de beignets, et en deux mois, j’ai déjà commencé à améliorer mes conditions de vie. Aujourd’hui, j’ai quoi nourrir ma famille, et si mon fils nous apporte encore parfois des poissons à manger, en grande partie désormais nous vivons grâce aux revenus de mon commerce. Mon mari est très fier de moi. Il sait que j’ai un boulot rentable et que cela complète ainsi ses maigres revenus de sentinelle dans les champs de palmiers.

« Depuis que j’ai adhéré au groupe de solidarité, je me mets chaque jour un peu plus à l’abri du besoin. Depuis mars, je rembourse correctement mes mensualités (10 900 FBU), je fais des gains grâce à la vente de mes beignets. Pourtant, il y en a qui me disaient que la vente de beignets n’est pas rentable, ceux -là utilisent mal leur argent. Ils se contentent de le consommer au lieu de le faire fructifier. Je vous le dis franchement, je fais des bénéfices. Avec un sac de farine qui me coûte 42 000 FBU, je fabrique des beignets qui me rapportent entre 80 et 90 000 FBU. Généralement je termine le sac en quatre jours.

« Je suis sûre qu’à la fin des six mois de crédit, j’aurais remboursé le capital emprunté et constitué une grande épargne. Je serai alors éligible pour une autre tranche de crédit. De nos jours, je prends quotidiennement mon thé matinal et je ne porte plus un seul pagne délavé. Je dis merci à toutes les personnes qui contribuent à ce programme ».

Estella Dusabe

Dusabe Estella, 20 ans, est mère de deux enfants© PNUD Burundi / Patrice Brizard / 2017 - Estella Dusabe, 20 ans, est mère de deux enfants. Elle a adhéré au groupe de solidarité Imbere ni Heza (Demain est meilleur) afin d'emprunter un petit capital qui luia permis de créer son petit commerce de vente d'arachide.

Estella Dusabe, 20 ans, est mère de deux enfants et a adhéré au groupe de solidarité Imbere ni Heza (Demain est meilleur) qui rassemble sept femmes et un homme. Elle habite également le village de paix de Mutambara où elle y mène une vie pénible.

« Mon mari est taxi vélo, un métier qui rapporte à peine 1000 FBU par jour, presque la moitié d’un dollar, un montant insignifiant. Pour arriver à nous mettre quelque chose sous la dent, je devais louer ma force auprès de mes voisins pour travailler dans leurs champs. Comme cela, nous parvenions à manger une fois par jour. Mais nous avions aussi une grande difficulté à nous acquitter du loyer de 7000 FBU par mois.

« Quand l’agent de la COOPEC est venu, pour nous parler du microcrédit, j’ai tout de suite été intéressée et finalement j’ai été sélectionnée pour avoir le crédit. Quand j’ai annoncé la nouvelle à mon mari, il n’en croyait pas ses oreilles, nous vivions dans la pauvreté absolue et jamais il n’avait pensé qu’on prête aux plus démunis. Aujourd’hui je vends des arachides et je gagne de l’argent sans devoir emprunter aux voisins. Le plus souvent ils acceptaient difficilement de me faire crédit de peur de ne pas être remboursés. Maintenant, je paie le loyer tranquillement. Fini le cauchemar où le bailleur venait chaque mois chercher l’argent du loyer et menaçait de nous faire déguerpir à la fin du mois.

« Grâce au capital emprunté, je m’approvisionne deux fois par semaine, les lundi et jeudi.  J’achète deux bassines d’arachides à 70 000 FBU qui me rapportent 100 000 FBU. Le bénéfice dégagé est donc suffisant pour nourrir ma famille, soigner mes enfants et rembourser le crédit.

« J’envisage d’adhérer à la seconde phase du crédit afin d’étendre l’activité de mon commerce aux noix de palme, aux légumes et autres produits alimentaires. Je m’en sens capable, ce qui me manque c’est le capital. J’ai déjà avancé d’un pas dans ma vie, mon avenir est prometteur. Dès l’instant, où j’aurai l’argent pour louer un lopin de terre à cultiver, l’avenir de mes enfants ne sera plus compromis. Ils iront à l’école ; l’ainé a déjà cinq ans et je vais le faire inscrire à l’école en septembre prochain ».