Nous dessinons notre avenir en apprenant la sérigraphie

 © PNUD Burundi / Aaron Nsavyimana / 2017 -  Claudine montre fièrement ce qu’elle est désormais capable d’accomplir, grâce à sa formation à la sérigraphie « Sous d’autres cieux, les gens paient pour apprendre un métier, à « Dushire inguvu hamwe » nous avons reçu le savoir-faire gratuitement ».
© PNUD Burundi / Aaron Nsavyimana / 2017 - Claudine montre fièrement ce qu’elle est désormais capable d’accomplir, grâce à sa formation à la sérigraphie « Sous d’autres cieux, les gens paient pour apprendre un métier, à « Dushire inguvu hamwe » nous avons reçu le savoir-faire gratuitement ».


Par Aaron Nsavyimana

Bubanza – Au Burundi, les femmes, sont le pivot de la vie familiale et, de plus en plus, elles doivent faire face aux problèmes de la survie de la famille, notamment de leurs enfants. Beaucoup d’entre-elles ont besoin de recevoir une aide pour pouvoir vivre décemment. Pour leur permettre de prendre leur destin en mains, le PNUD soutient, à Bubanza, la coopérative « Dushire inguvu hamwe » (Mettons nos forces ensemble) spécialisée dans la sérigraphie d’art. Le PNUD a également confié l’encadrement de cette Coopérative à la Chambre Sectorielle d'Art et Artisanat du Burundi "CHASAA Burundi".  Grâce à un financement du projet Diversification des opportunités économiques par la promotion des coopératives artisanales, CHASAA contribue à former les membres de la coopérative à la sérigraphie et les aide à conquérir de nouveaux marchés pour l’écoulement de leur production.   

Claudine Irakoze, 25 ans, mariée et mère de deux enfants, a rejoint la coopérative en 2016 et en assure aujourd’hui le secrétariat. Comme les 19 autres membres de la coopérative, en majorité des femmes mais qui compte deux hommes, elle a été choisie après évaluation du degré de précarité « d’une vie sans lendemains », comme elle a pu le dire en entretien. Avant d’être admise dans la coopérative, pour faire vivre sa famille, elle empruntait un peu de terre à ses voisins pour cultiver, en échange de la moitié de la récolte.

« Je ne savais rien de la sérigraphie. Petit à petit j’ai commencé à me familiariser avec ce métier et j’ai beaucoup appris de choses. Maintenant je suis une experte », raconte fièrement Claudine.  « Ma vie s’est métamorphosée et mes conditions d’existence se sont nettement améliorées : avant je vivais dans une maison en paille, aujourd’hui ma maison est couverte de tôles, le pavement de la maison est cimenté et le salon est meublé avec des divans. Mes amies qui me rendent visite sont épatées de ces changements ». En outre, Claudine a acheté deux chèvres et peut désormais louer les terres pour cultiver avec ses propres moyens. À l’avenir elle envisage d’acheter une parcelle et faire construire sa propre maison.

« La mentalité de nos maris a évolué. Aujourd’hui, ils pensent beaucoup moins que les femmes sont des créatures inférieures, dépendantes de leur homme. Mon mari est très fier de moi et il n’est pas rare de le voir s’occuper des travaux ménagers, car il sait que si je suis absente de la maison, c’est pour l’intérêt de la famille, chose impensable il y a encore deux ans. Souvent, il me remercie pour ce que je fais, car c’est grâce à mon travail que nous payons les uniformes, les frais scolaires et les souliers des enfants ».

Ce qu’il faut retenir

  • CHASAA encadre 12 coopératives qui travaillent la corne, le cuir et le rotin depuis 2015.
  • 8 coopératives de vannerie sont regroupées dans les centre de Nyanza-Lac et Bubanza , à raison de 4 coopératives par centre. Elles emploient majoritairement des femmes issues des milieux ruraux.
  • 1 coopérative « Dushire inguvu hamwe » à Bubanza, est spécialisée dans la sérigraphie d’art. Elle est composée de 19 personnes dont 17 femmes.
  • 1 coopérative, Turashoboye, travaille le cuir et est spécialisée dans la maroquinerie. Elle est située au centre de Kayanza et est composée de 10 membres (9 hommes et 1 femme).
  • 2 coopératives travaillent la corne de vache dans les centres de Nyanza-Lac et Kayanza. Elles emploient majoritairement des hommes au contraire des coopératives de vannerie.

« Les hommes commencent à beaucoup nous envier. Imaginez-vous, qu’il y a peu encore, ils disaient que la vannerie est un métier de femme. Aujourd’hui, ils veulent aussi intégrer, en masse, la coopérative. Je remercie ce projet qui a fait de nous des entrepreneurs-artisans. Je le remercie d’être venu nous chercher, chez nous, pour nous apprendre un métier qui rapporte beaucoup plus que de cultiver quelques légumes pour la survie de nos familles. Sous d’autres cieux, nous aurions dû payer pour apprendre ce métier, mais ici on nous a apporté le savoir-faire gratuitement ».

« Notre réussite dépend de nos recettes qui elles-mêmes dépendent des commandes », explique Claudine. « L’association ne veut donc plus se cantonner aux grands marchés de Bujumbura et veut aussi investir le marché local où nous vendons les draps et les flanelles utilisés pour langer et couvrir les bébés et les petits enfants. Une flanelle ou un drap coûte 6000 à 7000 FBU et nous gagnons 3000 FBU par pièce écoulée ». Après reconstitution des stocks, le produit de la vente est partagé en deux parts égales : l’une revient aux associés, et l’autre est reversée sur un compte épargne, ce qui permet à l’association d’avoir également un capital de sécurité pour faire face aux commandes urgentes. En plus de la sérigraphie, les femmes font de la vannerie, car cela rapporte également beaucoup aux familles.    

 © PNUD Burundi / Aaron Nsavyimana / 2017 - « C’est la joie au cœur que je me mets à couper le film pour préparer les imprimés des rideaux de CHASAA », la Chambre Sectorielle d'Art et Artisanat du Burundi, explique Sylvane membre de l’association « Dushire inguvu hamwe ».
© PNUD Burundi / Aaron Nsavyimana / 2017 - « C’est la joie au cœur que je me mets à couper le film pour préparer les imprimés des rideaux de CHASAA », la Chambre Sectorielle d'Art et Artisanat du Burundi, explique Sylvane membre de l’association « Dushire inguvu hamwe ».

CHASAA a décidé de renouveler les rideaux de ses bureaux et a décidé de confier leur confection à Dushire inguvu hamwe. « C’est la joie au cœur que je me mets à couper le film pour préparer les imprimés des rideaux de CHASAA », exprime Sylvane Nduwimana une autre femme de la coopérative. « CHASAA, est notre parent, sans lui beaucoup d’entre nous seraient morts. Depuis que j’ai appris à couper le film et à reproduire les logos comme je le fait maintenant, j’ai changé ma vie. Avant, je menais une vie très dure et très compliquée pour notre santé à tous : je tombais souvent malade, mes enfants aussi. À 30 ans, je ressemblais à une vieille maman qui avait un grand souci pour nourrir ses cinq enfants. Il m’arrivait de regretter de m’être mariée à 18 ans pour finalement hériter d’une vie maritale aussi misérable ».

« Peu avant que je rejoigne le projet coopératif, notre maisonnette était tombée sur nous. À l’heure où je vous parle, je l’ai entièrement réhabilitée. Mes enfants ne souffrent plus de la malnutrition, mon fils, obligé d’abandonner l’école parce que nous ne pouvions payer les frais de scolarité, a repris le chemin de l’école. Mon mari, qui avait fui la maison à cause de la pauvreté, est lui aussi revenu en famille. De plus en plus, l’avenir s’éclaircit devant moi. Je compte épargner et constituer un capital pour commencer bientôt un commerce de fruits, de légumes et autres produits vivriers ».

« Avec Dushire inguvu hamwe, grâce à la sérigraphie, nous dessinons notre avenir nous disent en cœur les deux femmes.

 

Contacter CHASAA :  
2, Avenue du 18 septembre 
Building de la Chambre fédérale de           
commerce et d’industrie du Burundi (CFCIB)         
Quartier kabondo, Rohero, Mukaza 
B.P. 3324 Bujumbura 2 – Burundi   
Tél. : +257 79 299 976 / 61 342 988
Courriel : chasaahr@gmail.com