La corruption : un mal qui gangrène le milieu scolaire burundais

6 janv. 2014

© PNUD Burundi/Aaron Nsavyimana/2013 - Mme Chantal Nzopfindekuye, enseignante dans un lycée de Bujumbura et animatrice d’un module sur l’état de la corruption en milieu scolaire, explique à des élèves les méfaits et les conséquences de la corruption dans le secteur éducatif, ainsi que les actions à entreprendre pour la combattre.

Par Aaron Nsavyimana

Burundi, Bujumbura - La corruption est un phénomène rampant largement répandu dans le système éducatif burundais. Malheureusement, les acteurs de l’éducation, peu avertis de ses formes, la considèrent souvent comme un acte banal toléré par la société. De ce fait, ils ne contribuent en rien à changer les comportements et laissent se perpétuer la corruption, qui pourtant ronge le système éducatif burundais. La peur et la méconnaissance des possibilités de la dénoncer viennent s’ajouter à cet état de fait désastreux et laissent le champ libre à ce fléau social.

Mais aujourd’hui, les institutions de la société civile se mobilisent avec les partenaires impliqués dans la promotion de la bonne gouvernance, tel le PNUD, pour mener des actions de sensibilisation auprès des élèves du secondaire et tenter d’atténuer les effets dévastateurs de la corruption.

La corruption dans les écoles est une réalité

Mme Chantal Nzopfindekuye, enseignante dans un lycée de Bujumbura et animatrice d’un module sur l’état de la corruption en milieu scolaire confirme l’existence de la corruption à travers tout le pays. Avec une grande indignation, elle souligne : « elle s’observe au niveau des élèves, des enseignants et des parents qui sont des partenaires de l’école. Elle peut s’observer au niveau de l’administration centrale de l’enseignement, c’est finalement un fléau qui n’épargne personne et aucun milieu. Les illustrations que j’ai données, en guise d’exemples ont été confirmées par les élèves, les directeurs d’écoles, les représentants des parents et les enseignants lors des travaux de groupes ».

En effet comme le constate Chantal, les exemples de corruption sont légions. Chez les élèves, d’une manière générale, on propose de l’argent aux enseignants des cours où ils réussissent le moins. Ils achètent les points. Les filles quant à elles alimentent la corruption sexuelle qu’elles appellent l’auto-délibération. Un acte pourtant qualifié de délit par la loi anti-corruption en son article 46. Chaque année les médias rapportent ainsi que des milliers de jeunes filles quittent l’école suite à leur grossesse. À l’inverse, les enseignants exigent de l’argent et des faveurs sexuelles en échange de points. Les directeurs d’écoles détournent les subsides, monnayent les places de redoublement et d’une manière générale ont une mauvaise gestion du patrimoine scolaire. Au niveau l’administration centrale, la corruption intervient sur le terrain des mutations, surtout quand un enseignant veut quitter le milieu rural vers le milieu urbain. Les recrutements sont aussi favorables à la propagation de la corruption dans un secteur où la demande dépasse largement l’offre.

Malgré la gravité du problème, cette spécialiste de l’éducation nourrit l’espoir. « Je suis néanmoins encouragée en ce moment par ce que j’ai vu : des élèves s’engageant de plus en plus au fur et à mesure qu’on évoluait dans les présentations et les débats. Ils ont posé des questions sur comment contribuer à la lutte contre la corruption, les stratégies à mener, proposant même leurs propres stratégies. La création des clubs de lutte contre la corruption prochainement opérationnels dans leurs établissements est un témoignage éloquent de leur engagement. Il est important que ces élèves sentent la responsabilité de contribuer au développement du pays, car ils sont les futurs dirigeants, les futurs leaders du pays », a-t-elle martelé.

Élèves, parents et éducateurs partagent le même avis

Les élèves, les parents et les éducateurs abondent dans le même sens que Chantal. Odile Nzojamwijuru, 20 ans, élève dans un établissement technique, élue présidente du club de son école, confirme avoir vécu la corruption dans son ancien établissement. Elle se réjouit d’avoir découvert des choses qu’elle ne considérait pas jusque-là comme des faits de corruption et surtout elle a appris comment les dénoncer. «  Nous avons appris combien il est crucial de dénoncer et de lutter contre la corruption qui a de graves conséquences sur notre vie. Cette formation a renforcé mon sens civique, mon amour envers ma patrie. Maintenant, je peux utiliser les connaissances acquises pour lutter contre ce mal social et contribuer à un changement de comportement, c’est une des raisons qui m’ont poussée à me faire élire présidente afin que je puisse sensibiliser mes collègues qui n’ont pas eu la chance d’être ici », a déclaré Odile.

De son côté, Adonay Ganzasabwa, 18 ans, élève dans un lycée, s’est déclaré très touché par le cas de filles qui tombent enceintes en se « prostituant » pour gagner des points, et qui finissent par abandonner leurs études. Il considère que la formation a servi d’espace d’échange sur les moyens de détecter la corruption cachée, de la relever afin de la défier. « De retour à l’école, c’est sur le terrain de la dénonciation de la corruption que nous allons mettre toute notre énergie pour freiner la propagation de ce fléau dans nos établissements scolaires. Le bagage que nous avons aujourd’hui nous permettra de suivre de près les uns et les autres et de contribuer à mettre fin aux gestes impropres de nos dirigeants. Je fais référence à notre ancien directeur qui demandait de l’argent à toute personne à la recherche de place en redoublement. Également, il utilisait à ses propres fins les fonds destinés au laboratoire en plus de l’argent tiré de la location d’une salle des fêtes au lieu de l’utiliser pour le développement des projets de nature à faire avancer l’école, nous sommes aussi outillés pour détecter les éducateurs qui ont un comportement indigne », fait remarquer Adonay.

Un représentant des parents, ravi de vivre ces moments où parents, enseignants et élèves discutent ouvertement des problèmes de corruption à l’école, insiste sur le redoublement de la vigilance et de la détermination. « Un effort est nécessaire pour dépasser la peur et oser dénoncer, parce que comme on dit en Kirundi, les poussins ne grandissent pas à cause de la clémence de l’épervier. Il suffit de s’armer du courage », conclut-il.

Aloys Mbonayo, directeur du lycée du lac Tanganyika, un des grands établissements scolaires de Bujumbura, estime qu’investir dans la jeunesse est incontournable si l’on veut œuvrer pour le développement. « J’exprime ici le sentiment de tous les directeurs qui ont participé à l’atelier, ce sentiment est d’ailleurs partagé par les parents et les élèves. On nous a expliqué, on nous a formés dans plusieurs domaines où intervient la corruption. On vient de nous éclairer sur plusieurs choses, ça va aider les éducateurs et les élèves. Les élèves ont créé les clubs, ce qui est nécessaire. L’enthousiasme que nous avons découvert en eux nous permet de croire, sans aucun doute, que nous aurons des résultats positifs. Personnellement, ce cadre m’a donné des outils qui, appliqués à mon établissement, permettront de détecter les cas de corruption et plus important de les prévenir », explique Aloys.

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