Le Centre « Humura » aide à briser le silence face aux violences basées sur le genre

27 août 2014

© PNUD Burundi /Aaron Nsavyimana / 2014 - Depuis sa création en 2012 avec le soutie du PNUD, le centre Humura a pris en charge 2783 victimes de Violences basées sur le genre (VBG).


Par Aaron Nsavyimana

Créé en 2012, le centre Humura, qui signifie « apaisé » en Kirundi, est le couronnement d’une action, menée par le PNUD, afin de trouver une solution adéquate aux Violences basées sur le genre (VBG) qui n’ont cessé de prendre de l’ampleur avec la crise traversée par le Burundi depuis 1993.

Il aura fallu des mois de tractations entre les ministères en charge : de la Santé publique et  de la Lutte contre le SIDA ; de la Solidarité nationale ; des Droits de la personne humaine et du Genre ; de la Sécurité publique et de la Justice, et les agences des Nations Unies : FNUAP ; ONUFEMMES ; UNICEF ; PAM et OMS pour que prenne naissance ce centre. L’impératif ayant présidé à la réunion des partenaires réside dans la complexité des VBG qui réclament la participation de plusieurs spécialités comme l’accueil et le conseil, la fourniture d'un abri temporaire, les prises en charge psychologique et sociale, médicale et sanitaire, l’appui judiciaire et la réinsertion communautaire.

Pourquoi un centre pour la prise en charge des victimes de VBG ?

La crise au Burundi a conduit à la détérioration du respect des mœurs et à l’accroissement des cas de violation des droits humains, dont les violences basées sur le genre. Cette situation est aggravée par l’impunité qui a également droit de cité, du fait du poids de la culture burundaise qui n’encourage pas les femmes à dénoncer les violences familiales, surtout dans les cas de viol des filles. Les victimes de VBG, qui ont peur d’être humiliées et marginalisées par la société, n’osent pas dénoncer leurs bourreaux pour se mettre à l’abri des représailles, d'autant plus qu'elles subissent les intimidations des auteurs de ces crimes. Les autorités administratives et locales, ainsi que les notables, contribuent sans le savoir au durcissement de la situation en cherchant des solutions à l’amiable ; comme le mariage entre la victime et son violeur ou le versement d’une somme d’argent à la famille de la victime moyennant son silence. Dans l'esprit de ses initiateurs, le centre « Humura » a donc été créé pour mettre un terme à cet état de faits.

Depuis son ouverture, le centre a également permis de constater un autre fait notable. Les violences basées sur le genre n’affectent pas seulement les personnes de sexe féminin, mais également des hommes et des jeunes garçons qui sont aussi victimes de VBG à des degrés divers.

2783 victimes déjà prises en charge au centre Humura

Parlant des cas accueillis à Humura, Sylvie Nzeyimana, Coordinatrice du centre, a noté que sur 2783 victimes, 2532 sont des femmes, 251 des hommes (9,9%). 1525 de ces victimes sont âgées de moins de 25 ans, 832 ont un âge compris entre 19 et 25 ans, 324 sont dans la tranche d’âge de 10 à 18 ans et 102 sont des mineur(e)s n’ayant pas encore atteint l’âge de 10 ans.

Inauguré le 28 juin 2012, à Gitega, au cœur du Burundi, le centre Humura n’avait recensé à la fin de cette même année que 491 personnes venues rapporter des violences dirigées contre elles. Ces violences étaient essentiellement en rapport avec des viols de filles et de femmes. Aujourd’hui, la courbe de ces violences est en baisse mais selon Sylvie Nzeyimana les violences physiques ont elles « pris l’ascenseur ». « Au début, les gens croyaient que Humura n'était là que pour traiter des cas de viols. Mais comme  les victimes de ces viols brisent de plus en plus le silence et s'adressent au centre qui les aide notamment à saisir les instances judiciaires, les auteurs de ces crimes ont changé de tactique et usent de violences pour tenter d'échapper aux rigueurs de la loi qui frappe fort les auteurs de viols », précise Sylvie Nzeyimana. Là aussi, Humura ne baisse pas les bras, il a instauré un système de médiation communautaire qui permet d'abaisser les tensions, notamment au niveau familial.

Concernant la nature des violences, généralement exercées par des voisins, des chauffeurs de taxi-motos, des parents et des voleurs, les données aujourd'hui disponibles classent en tête de liste les violences combinées qui totalisent 1705 cas ; suivies de violences : physiques, 651 ; sexuelles, 344 ; psychologiques, 236 ; et à caractère socio-économique, 100 cas. Dans le domaine judiciaire, l’OPJ du centre a déjà transmis 195 dossiers au ministère public. Ce dernier  a quant à lui déjà ouvert 311 dossiers, dont 293 déjà clôturés. Grâce à Humura, 277 dossiers ont été fixés devant le Tribunal de grande instance.

Le directeur pays a.i du PNUD, M. Joseph Pihi, en compagnie de la coordinatrice du centre, Sylvie Nzeyimana© PNUD Burundi / Aaron Nsavyimana / 2014 - En visite à Humura, le directeur pays a.i du PNUD, M. Joseph Pihi, en compagnie de la coordinatrice du centre, Sylvie Nzeyimana, a loué le travail déjà réalisé et apporté ses encouragements aux 29 employés du centre.

Quels sont les services rendus par Humura ?

Devenu un institut de référence pour d’autres organisations, Humura est parvenu ces deux dernières années, par la qualité des services rendus, à changer la mentalité des communautés. Celles-ci se confient de plus en plus au centre pour bénéficier d'un accompagnement moral et de l’appui nécessaire pour faire valoir leurs droits. Même les personnes ayant choisi directement la voie judiciaire, fréquentent le centre pour bénéficier de ses conseils.

En dépit du nombre de clients qui dépasse sa capacité d’accueil, de l’incapacité à établir des tests ADN, du manque de médicaments pour traiter les troubles psychologiques résultant du traumatisme lié aux violences et de l’absence d'un appareillage d’imagerie, Humura rend des services très appréciables et particulièrement en matière judiciaire.

La prise en charge au centre commence par l’accueil en toute confidentialité des victimes et par l’octroi d’un abri temporaire. Par la suite, cette prise en charge est complétée et s'accompagne d'une expertise médicale, de la prévention du VIH/SIDA, des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées. Dès son arrivée au centre et jusqu’après son retour dans sa communauté, la victime bénéficie d'un encadrement psychosocial : écoute, orientation et counseling, ainsi que d'un suivi à la maison en vue d’une réduction de son traumatisme à long terme.

Un service juridique est aussi à la disposition des victimes qui reçoivent des informations et des conseils judiciaires. Elles bénéficient de facilités pour porter plainte, d’une enquête préalable et de l’arrestation des présumés auteurs. Les dossiers sont clôturés rapidement par rapport aux dossiers suivis par les services publics judiciaires et sont transmis devant les tribunaux où les victimes sont assistées automatiquement par des avocats. « Les victimes saluent particulièrement l'aboutissement rapide et gratuit de l’expertise médicale, qui est difficile d’accès pour les plus pauvres qui doivent payer 10 000 FBU (environ 7 dollars) », note Sylvie Nzeyimana. Les victimes, bénéficient ensuite d’une réinsertion familiale, communautaire et socio-économique et d'un accompagnant qui vient chez elles lors du retour en famille. Cette action s’accompagne d’un entretien avec les services administratifs pour qu’ils assurent leur sécurité et d’un kit de réinsertion pour faciliter la réintégration, notamment pour les cas de violences suivies du vol de tous les biens des victimes.

En visite à Humura, le directeur pays a.i du PNUD, M. Joseph Pihi, a loué le travail déjà réalisé par le centre et apporté ses encouragements aux 29 employés qui œuvrent dans un secteur difficile, car il touche parfois les intérêts des gens. Souhaitant à ce centre de devenir un centre de référence national, il a exprimé la nécessité d'implanter de tels centres dans toutes les provinces du pays. « C’est aussi un moyen de consolider la paix », a dit Joseph Pihi. Il a enfin conseillé Humura de tisser des liens de partenariat avec le centre de lutte contre les violences faites aux femmes de Bukavu en République démocratique du Congo.

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