Le PNUD mobilise les pays d’Afrique et du moyen orient dans le relèvement économique post conflit
Des délégations en provenance de 15 pays d’Afrique et du Moyen Orient se sont réunies à Bujumbura du 7 au 8 octobre 2009 en vue d’échanger sur les voies et moyens pour aider les communautés de ces régions à se remettre du conflit sur le plan économique et à réduire les risques de reprise des hostilités, notamment à travers une croissance économique accompagnée d’une expansion de l’emploi et des mesures mettant fin aux inégalités.
A travers divers échanges menés lors de cet atelier organisé par le Bureau de prévention de crises et relèvement du PNUD (BCPR) qui appuie ces pays dans le relèvement post conflit, il est ressorti que les programmes de relèvement doivent être adaptés au contexte et aux spécificités du pays considéré car il n’existe pas de modèle prête à porter dans ce domaine. L’autre principale leçon tirée de cette rencontre est que l’expérience a confirmé que les pays sortant de crises qui mettent en place des politiques axées sur la bonne gouvernance, la croissance économique, la création de l’emploi, la promotion du secteur privé et qui placent les jeunes, les femmes, les ex-combattants et les populations déplacées et autres vulnérables au centre de l’initiative de relèvement avaient plus de chance de réussir.
Par exemple au Burundi, pays qui sort de plus d’une décennie de guerre civile, en vue de concilier les exigences de développement durable et de consolidation de la paix, les autorités ont choisi comme porte de sortie du conflit, un projet de relèvement communautaire et d’appui à la réintégration socioéconomique de 11.000 ex-combattants et des populations affectées par les crises. Ce projet permet d’éliminer les tentatives de retour à la belligérance à travers la promotion de la cohésion sociale, la gouvernance locale, l’amélioration des conditions de vie des communautés par l’accès aux revenus tirés notamment de l’agriculture et de l’entrepreneuriat local et aux services de base dans un environnement sécurisé.
Dans ce pays où le monde rural représente 90 % de la population avec une proportion de 83 % de ces habitants vivant en dessous du seuil de la pauvreté, le gouvernement, conscient que le lien entre la sécurité et la démocratie est essentiel pour créer les conditions favorables au relèvement économique équitable et durable a mis en place une politique de décentralisation qui poursuit le renforcement des capacités contributives des populations au développement et la reconstruction des infrastructures socio-collectives de base. Il a également mis en avant la création de richesses afin de faire face à la pauvreté criarde des masses populaires par l’agrément de 22 institutions de micro finances qui ont permis à toutes les provinces du pays de disposer d’au moins d’un guichet de micro-finance.
Selon le ministre de la décentralisation et du développement communal, M. Pierre Mupira, les bénéficiaires directs des prêts consentis à travers les institutions de micro finances sont estimés à 400.000 ménages. En d’autres termes, près de 2.000.000 de burundais, soit 25 % de la population sont des bénéficiaires directs ou indirects des services de micro finances.
Dans les pays comme la Somalie, le Kenya et la République démocratique du Congo, il s’est avéré que la mise œuvre des projets qui accordent une attention soutenue aux femmes et aux jeunes et à la promotion du secteur privé était un facteur déterminant pour apaiser les conflits et développer l’économie.
La Somalie, pays déchiré par la guerre et où le taux de chômage, l’inflation et la pauvreté connaissent une situation galopante survit en partie grâce à un secteur privé informel alimenté principalement par la diaspora qui rapatrie jusqu’à un milliard de dollars par l’an. Un projet de consolidation de la paix de 9 millions de dollars mobilisés avec l’appui du PNUD a permis depuis août 2008 la réduction du chômage dans ce pays en octroyant de l’emploi à des dizaines de milliers de personnes dont parmi elles des jeunes qui ont été mis à l’abri de multiples sollicitations des chefs rebelles qui puisent les miliciens dans les rangs de cette catégorie de la population. Pour sortir de la crise, le pays s’investit actuellement notamment à créer des partenariats au niveau du secteur privé, à développer la coopération sud - sud et à accélérer la promotion de microprojets par le biais de l’octroi de crédits, afin de favoriser les activités génératrices dans la perspective de d’asseoir la paix et le développement pour une rentabilité économique.
Le Kenya qui a connu une chute de son PIB qui a passé de 7,1% à 1,7 % entre 2007 et 2008 suite à la crise préélectorale, s’active avec l’appui de ses partenaires à mettre en place un système de lutte contre cette crise basé sur des réformes touchant la bonne gouvernance, la résolution du problème d’inégalités socio-économiques, la lutte contre le chômage de jeunes, la consolidation de la cohésion sociale et le relèvement d’autres secteurs affectés par la crise dont l’agriculture, le tourisme et les transports. Ces importantes questions sont notamment prises en compte dans le cadre de la vision 2025 en vue de remettre rapidement le pays sur les rails du développement.
Le cas de la République Démocratique du Congo présente des paradoxes. Le pays fait face à de nombreux problèmes malgré l’immensité de ses richesses minières et forestières. Au niveau de gouvernement central de Kinshasa, le pays se bat pour bénéficier de l’initiative des pays les plus endettés d’ici l’an prochain. A l’Est du pays, théâtre d’affrontements armés, en vue de venir à bout de la situation d’urgence et de risque d’enlisement des conflits, le pays a déjà réinséré 15.000 combattants comprenant des jeunes. Dans cette région très sensible, des programmes complémentaires destinés aux femmes victimes de violences sexuelles et aux déplacés sont en train d’être développés parallèlement aux programmes de promotion agricole en négociation avec la Banque Africaine de Développement (BAD) et un autre programme visant les activités génératrices de revenus et la création de la monnaie pour 400.000 personnes.
Notons que cet atelier organisé à Bujumbura fait suite à la publication l’an dernier par le PNUD d’un rapport qui offre un regard nouveau sur les défis auxquels doivent faire face les pays qui sortent de la guerre, a servi d’espace de lancement de la politique des Nations Unies pour l’emploi qui a pour objectif de répondre d’une manière plus cohérente à l’épineuse question de création d’emplois dans les pays post-conflits.
Cette politique, selon M. Youssef Mahmoud, Représentant Résident du PNUD, reconnaît la nécessité d’œuvrer en symbiose avec les acteurs non étatiques tels que le secteur privé et la société civile et de transformer leurs capacités pour qu’ils deviennent des agents de changement non seulement dans le processus de consolidation de la paix mais aussi en matière de réduction de la pauvreté, et pour qu’ils créent des opportunités qui permettront aux populations de vivre dans la dignité.
Cet atelier a réuni des participants issus du PNUD, des services gouvernementaux, de la société civile, du secteur et du PNUD en provenance du Burundi, du Cameroun, de la république Centrafricaine, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, du Kenya, du Libéria, de la République Démocratique du Congo, du Rwanda, du Soudan, de la Somalie, du Tchad, de l’Uganda et du Yémen.