Bujumbura, le 13 Décembre 2010 - En raison de la décennie de guerre civile qu’a connue le Burundi, un grand nombre d’agriculteurs ont perdu leur bétail. Les sols surexploités sont de moins en moins fertiles et le volume des récoltes est insuffisant pour nourrir correctement les familles. Au Burundi, plus de 90% de la population est tributaire de l’agriculture ce qui rend la situation de plus en plus difficile.
Le projet d’appui à la réintégration durable des ex-combattants est une initiative du Gouvernement Burundais appuyée techniquement par le PNUD et entièrement financée par le Gouvernement Japonais en vue de contribuer aux efforts de stabilisation et de consolidation de la paix. Ainsi 3000 ex-combattants dont 600 femmes, bénéficieront directement d’appui en élevage à travers le mécanisme de la chaine de solidarité communautaire intégrée à l’agriculture. Au total, 2000 poules pondeuses, 600 ovins, 1200 caprins et 500 porcins seront distribués dans chacune des associations (d’ex-combattants ou mixtes) et ciblera en majorité les associations de femmes.
Ce mécanisme est un modèle novateur d'augmentation de la productivité agricole par l'intégration de l'élevage de petit bétail à l’agriculture. La grande quantité de fumure organique produite par les animaux procurera que l’engrais nécessaire aux agriculteurs n’ayant pas les moyens d’acheter des engrais chimiques trop couteux.
Cette chaîne de solidarité a aussi pour objectif la sécurisation alimentaire à travers une approche communautaire. « Il s’agît de l’une des activités du projet avec la plus grande probabilité de réussite et où les interventions s’avèrent très positives », affirme fièrement Vital Goumou, coordonateur du projet. Les bénéficiaires affichent une grande satisfaction car l´amélioration de leur capacité productive a pour résultat l’augmentation rapide de leur production leur permettant un meilleur accès aux produits alimentaires de base.
La règle d’or du modèle de cette chaine de solidarité repose sur la passation, par le premier bénéficiaire, de la première femelle de la progéniture à un second bénéficiaire. Celui-ci, à son tour transmettra au bénéficiaire suivant la femelle obtenue conformément à l’ordre établit dans la chaine. Ce système garantit la durabilité du projet et réduit les coûts. Il lance aussi un processus de transformation sociale par lequel l’ex-combattant devient un donateur au sein de sa communauté.
Trois effets se produisent alors: Primo, le renforcement de la cohésion sociale créer par le mécanisme de la chaine de solidarité entre les membres d’une même chaine, secundo, le repeuplement du cheptel créant l’augmentation de la production de viande et enfin, la maximisation du rendement des cultures sur des petites parcelles par l’utilisation de fumure organique. « Ce modèle est très apprécié par les bénéficiaires car, il les aide à rentabiliser leur production, à subvenir aux besoins de leurs familles et contribue à l’amélioration de leurs conditions de vie en générale », conclu Vital.
De plus, les participants bénéficient de formations sur les approches et techniques de l'élevage de bétail et du maraîchage. Les formations s’étendront sur les questions sociales comme la dynamique de groupe, la problématique hommes-femmes et la résolution des conflits. Enfin, les ex-combattants apprendront à préparer du compost qui servira d’engrais naturel sur les petites parcelles de légumes à proximité de leurs maisons.
La chaîne a suscité des attentes de la part des participants qui attendent impatiemment de recevoir leurs d’animaux d’élevage (poules pondeuses, porcs, moutons et chèvres). En effet, ils sont témoins de l´impact positif que ces animaux ont eu sur l´économie familiale de ceux qui ont en déjà reçu. Les activités entreprises ainsi que l’approche utilisée ont facilité la cohabitation pacifique des différentes catégories de populations vulnérables ou des ex-combattants. Outre l’amendement des sols, le système offre de nombreux avantages aux habitants ruraux. Grâce à la culture de graminées fourragères, les paysans ont adopté des techniques agricoles plus performantes, notamment dans le domaine de la conservation des sols. Les graminées fourragères favorisent la fixation des sols et la protection contre l’érosion. Le mécanisme s’est révélé extrêmement satisfaisant dans des zones où les exploitants n’ont pas accès au crédit.
Dans les zones d’action du projet, les bêtes, en particulier les chèvres remplacent l’épargne, car il est possible de les vendre en cas de crise. La situation nutritionnelle s’est globalement améliorée grâce aux revenus tirés de l’élevage, et les pratiques culturales plus innovantes ont permis à un grand nombre d’ex-combattants d’obtenir de meilleures conditions de vie. Le programme a également contribué à renforcer la cohésion sociale en instaurant un sentiment d’appropriation communautaire, ce qui a permis de cultiver la confiance. Le caractère hautement participatif du programme a permis aux communautés de s’approprier pleinement le système. La rapidité de la mise en œuvre et sa visibilité l’ont rendu très populaire dans les communautés pilotes, et sa réussite en a fait un modèle pour une transposition à plus grande échelle.