Après la guerre : Reprendre une vie normale

Après la guerre : Reprendre une vie normaleBujumbura- le 11 Février 2010 - Il y a des jours où Espérance Nibigira se demande comment elle va trouver l’énergie pour commencer la journée. Veuve, cette mère de trois enfants, espère, à 35 ans,  que la pauvreté extrême dans laquelle elle baigne depuis son retour de la guerre prendra fin un  jour.  Ici les victimes ont des noms, elles sont mères, sœurs ou filles. Les yeux braqués sur le projet « Chaine de solidarité communautaire en élevage du petit bétail », elle compte s’en sortir une fois pour toute.

Pour apporter un appui supplémentaire à la réintégration socio-économique de ces femmes ex-combattantes, un projet d’appui à la promotion  de la chaine de solidarité communautaire en élevage du petit bétail vient d’être lancé avec l’appui du PNUD /PREFED et le soutien de tous les acteurs impliqués. 1200 femmes regroupées en 60 associations des provinces de Cibitoke, Bubanza et Bujumbura, bénéficieront des fruits de l’élevage de chèvres, de moutons, de  porcs et de volailles.

A Bwayi, dans la commune de Mugina, en province Cibitoke, où elle est de retour, elle ne peut pas  vaquer aux travaux champêtres. Handicapée de guerre, ayant subi une fracture ouverte du côté gauche de sa tête, elle s’en est pourtant sortie mais ses capacités physiques et intellectuelles sont diminuées. Elle ne se souvient de rien de ce qui s’est passée avant son accident survenu sur le champ de bataille. A son réveil, elle a appris qu’elle a passé 6 mois dans le coma et que sa tête était complètement fracassée.

Trop faible, elle se fatigue vite et ne peut pas labourer sous le soleil pour faire vivre ses enfants qu’elle maintient tout de même sur les bancs d’école malgré sa précarité. Elle se bat fièrement et regrette même que son dernier enfant,  âgé de 8 ans, soit toujours en première année du primaire.

Pour Espérance, acquérir les chèvres pour élevage, produire du fumier et augmenter ses revenus représente son seul salut. En effet, l’argent qu’elle a reçu lors de la démobilisation lui a uniquement permis  de s’approvisionner en biens de première nécessité, d’acheter les cahiers pour les enfants et de payer quelques ouvriers agricoles. Elle se réjouit de l’accueil qu’elle a bénéficié dans sa communauté et dit  haïr la guerre avec le dernier battement de son cœur. « J’avais espoir, qu’un jour, un projet comme celui-ci viendrait me tirer de la misère dans laquelle je me trouve. Les 4 chèvres dont je pourrai bénéficier constitueront pour moi une grande fortune », dit-elle d’un air confiant.

De la confiance et du courage, Espérance et ses compagnes du projet en font preuve et font  entendre leur voix de femmes qui ont réagi activement à leur sort, qui ont révélé leur force et leur résilience en surmontant des souffrances effroyables, pour finalement s’en trouver renforcées.