Une Solidarité qui porte ses fruits

Photo Chaîne de solidaritéBujumbura, le 14 Février 2011, La province de Cibitoke, au Nord Ouest du Burundi, est l’une des zones du pays qui a connu une affluence massive de femmes ayant rejoint le mouvement rebelle FNL au début de la dernière décennie. De retour dans  leur milieu d’origine depuis 2009, ces femmes tentent peu à peu de se reconvertir à la vie normale notamment en participant au « Service de reconstruction communautaire », qui leur propose des activités à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) et surtout qui leur fournit l’espoir d’avancer.

Pour apporter un appui supplémentaire à la réintégration socio-économique de ces femmes ex-combattantes, un projet d’appui à la promotion  de la chaine de solidarité communautaire en élevage du petit bétail vient d’être lancé avec l’appui du PNUD /PREFED et le soutien financier du gouvernement du Japon. 1200 femmes regroupées en 60 associations des provinces de Cibitoke, Bubanza et Bujumbura, bénéficieront des fruits de l’élevage de chèvres, de moutons, de  porcs et de volailles.

Le mot d’ordre du projet : Stimuler la cohésion sociale entre les ex combattantes et les vulnérables des villages et collines de ces provinces afin de favoriser la meilleure cohabitation. Ainsi, la distribution du bétail s’effectue selon un système rotatif. Par ordre de priorité établie par la chaine de solidarité communautaire, la première participante remettra à sa compagne, la progéniture engendrée et ainsi de suite.

L’opérationnalisation, sous la conduite du PREFED (Programme régional de formation et d’échanges pour de développement), qui exécute le projet pour le compte du PNUD, fait actuellement l’objet d’échanges entre différents  intervenants en vue d’obtenir l’adhésion et l’appropriation par tous les acteurs concernés dont l’administration provinciale et communale, les services techniques étatiques ainsi que les bénéficiaires.

Un signal fort d’engagement

Le Gouverneur de Cibitoke, M. Anselme Nsabimana, souhaite que le projet contribue à relever l’économie de Cibitoke, qui a connue un fort recul à cause de la crise. « Le projet est très important pour la province parce qu’il vient changer les conditions des familles des ex-combattants comptées parmi les plus pauvres de la province», affirme-t-il. En vue de la  bonne marche du projet, le Gouverneur Nsabimana a assigné à l’administration le rôle de mobilisateur. « Nous allons sensibiliser les bénéficiaires pour leur expliquer le bien fondé de travailler en associations et l’intérêt que rapporte le travail en commun pour le retour à la paix » conclu Nsabimana.

De l’avis d’Alphonse Zigaba, représentant provincial des ex-combattants du FNL, le projet arrive au moment voulu car, dit-il, « je manquais de réponse à donner aux anciens amis d’armes qui n’ont pas bénéficié du projet HIMO (Haute Intensité de Main d’Ouvre) dont les femmes qui me demandaient quand viendra leur tour. C’est une réponse directe aux préoccupations du moment ».

« Par le passé, de tels projets étaient une chasse gardée pour les hommes. C’est un grand pas franchi si l’on regarde où nous sommes aujourd’hui car ce projet permettra aux femmes de ne plus se sentir oubliées », a renchéri l’administrateur de Murwi, Mme Rose Ndihoreye.

Pour une meilleure cohésion, Mme Ndihoreye entend aider les femmes participants à la construction des étables, en cherchant  un terrain afin que les associations élèvent leur bétail ensemble. Cette stratégie, dit-elle, « permettra une meilleure sensibilisation afin qu’elles comprennent que le bétail mis à leur disposition n’est pas à vendre mais à bien entretenir pour produire du fumier et partant augmenter la production agricole ».

D’autres intervenants en matière d’encadrement et de suivi des associations au niveau du développement communal ont lancé un signal fort d’engagement. C’est notamment le cas Zéno Nzeyimana, chargé du service de développement communal et mouvement coopératif et associatif en province Cibitoke. Son rôle sera particulièrement de sensibiliser et encadrer les associations à travers le suivi du taux d’accroissement du cheptel dans le cadre de la chaine de solidarité communautaire.

Les membres des comités communaux de développement communautaire (CCDC) abondent dans le même sens. Jean Marie Bizimana, président du CCDC de Mugina aimerait répéter l’exploit réussi lors de la mise en place des associations dans le cadre des travaux HIMO, organisés par le PNUD à travers le projet de Service de Reconstruction Communautaire. « Aujourd’hui, les associations marchent de manière très satisfaisante, nous allons travailler avec les dirigeants collinaires dès l’identification des bénéficiaires et le montage des associations, aider dans la constitution des règlements d’ordre intérieur et leur suivi ainsi que dans leur consolidation », explique-t-il d’un ton convaincu.

La distribution de ce bétail revêt une importance sociale et économique capitale pour la région. « Pour  nous qui œuvrons  dans l’encadrement de l’élevage, ce programme est bénéfique car il va contribuer au repeuplement du cheptel décimé pendant la guerre », indique Marie Thérèse Kiramirana, vétérinaire en commune Rugombo qui voit en ce programme une foule d’utilités. En effet, « il  aidera en plus la réintégration socio-économique des femmes, qui est d’une importance capitale pour la société. La femme est le pilier du développement du ménage. Et si la femme est soutenue, le développement familial est assuré et toute la société se porte mieux» conclu-t-elle.

C’est effectivement en prenant conscience de leurs rôles et leurs responsabilités que tous les acteurs contribueront à faire de la chaîne de solidarité, un exemple encourageant de réussite, pour une population qui ne demande qu’à oublier le passé et reconstruire l’avenir.