Bujumbura, le 17 Février 2011 - La guerre déclenchée au Burundi en 1993 a occasionné des déplacements des populations dont certaines, pour survivre, se sont réfugiées dans la forêt de la Kibira, causant ainsi d’énormes dégâts sur son écosystème. Les populations environnantes ont également détruit la forêt en exploitant illégalement le bois d’œuvre ou de chauffage, ou en défrichant des terres encore vierges et riches.
Pour réparer le tord causé à cette réserve naturelle, la plus grande du Burundi, l’Association Femmes et Environnement au Burundi (AFEB) - Dukingire Ikibira a décidé de prendre les choses en main en protégeant cette forêt mythique. Il y va du futur de tous.
Au départ de l’aventure ils n’étaient que 15 bénéficiaires. Aujourd’hui, bien que vulnérables, 1300 femmes participent aux activités de reboisement de l’association, une centaine d’hommes, s’étant ralliés à leur noble cause. Ensemble, ils ont pu planter plus de 400.000 essences autochtones grâce au financement du programme de micro-subventions du FEM et appuyé par le PNUD.
L’association AFEB dukingire ikibira, qui signifie protégeons la forêt, « s’est donné pour objectif de protéger la forêt de la Kibira parce qu’une partie de celle-ci s’est transformée en collines dénudées alors qu’elle offrait, il y a quelques années, le visage d’une forêt dense » explique Mme Masunzu, présidente de l'association.
« Les arbres ont été coupés surtout pendant la guerre. Nous avons décidé de travailler pour que cela ne se reproduise pas. Normalement, la forêt se reconstitue d’elle-même, mais pour lui donner un coup de main, nous recueillons des semences pour les produire les plants en pépinières et ensuite les planter. Le reboisement contribuera à limiter les gaz à effets de serre, qui sont négatifs pour l’environnement», conclue Mme Masunzu ».
Du doigt, elle montre les collines situées en face des pépinières où se préparent les plants d’essences autochtones destinés à reboiser la flore de la Kibira et aussi à leur procurer un revenu et une sécurité alimentaire.
Quant elles pensent aux gains du fruit de leur travail, les femmes doivent se projeter dans l’avenir. En effet, à long terme, à leur maturité, ces arbustes seront gérés de manière participative. L’association a signé un contrat avec le département des forêts et la commune de Bugarama. Au moment de la coupe des arbres qu’AFEB a planté, 70 % du gain tiré reviendra à l’association et 30 % sera partagé entre la commune et le département des forêts.
Le partage des revenus est donc un gage de protection de la forêt car les populations bénéficiaires se sentent parties prenantes et n’ont pas intérêt à voir se dégrader leurs propriétés. D’ailleurs, les membres ont déjà commencé à récolter les bénéfices. Les arbres qu’on a plantés en 2006 ont produit les perches qu’ils ont utilisées pour construire les pépinières et ont générés de l’argent pour l’association.
Marie Nduwimana, est un membre actif de l’AFEB. Elle raconte comment l’association l’a aidé. « Comme les autres, quand je suis arrivée ici, j’étais très pauvre alors nous nous sommes dit qu’il serait mieux de nous mettre ensemble pour lutter. Aujourd’hui, chaque femme connaît l’utilité de l’arbre. Avant, on croyait qu’il était destiné seulement à la cuisson. Maintenant, chacune d’entre nous constate qu’il nous permet de gagner de l’argent pour subvenir à nos besoins de base, acheter le matériel scolaire de nos enfants ou encore le sel, sans devoir faire la charité ».
Pour alléger le fardeau de la pauvreté qui pèse sur ces femmes, des activités génératrices de revenus telles que l’apiculture et la culture de champignons sont déjà lancées par l’association. Cela permet de tenir le coup tout en regardant les pousses grandir.