A l’Est du Burundi, le village rural intégré (VRI) de Nkurye a accueilli des rapatriés burundais rentrés de Tanzanie. Pour permettre leur réinsertion socio-économique, le PNUD en partenariat avec le gouvernement du Burundi ont, au cours des deux dernières années, développé un projet de service de reconstruction communautaire (SRC). Ce projet est mis en œuvre dans le cadre du programme LRRD (aide d’urgence à la réhabilitation et à la viabilisation des villages ruraux intégrés), financé à travers l’enveloppe B du 10ème Fonds Européen de Développement (FED). Celui-ci a employé contre rémunération les habitants de ce VRI et les vulnérables de la communauté d’accueil dans des travaux de réhabilitation de pistes et de construction d’un marché. Réalisé sur une période de trois mois le SRC leur a permis de faire face aux besoins quotidiens et de constituer une épargne en vue créer des associations d’auto-développement. Au-delà de l’accès à un revenu, les habitants de Nkurye ont été formés dans la fabrication de briques stabilisées et à la maçonnerie. Les femmes aussi ont appris ce métier du bâtiment, longtemps considéré comme réservé aux hommes. Grâce à cette formation technique, elles sont aujourd’hui assurées d’accéder à un emploi permanent et à une autonomie financière. Laliya Kabeza, participante au projet, témoigne dans cette interview :
Pouvez-vous nous décrire votre parcours, du SRC au métier de maçon ?
Laliya Kabeza (L.K.) : Au départ, j’ai été choisie parmi les membres du village rural intégré de Nkurye pour travailler en tant que bénéficiaire du projet « Service Reconstruction Communautaire » (SRC) financé par le PNUD exécuté en partenariat avec le PARESI (Programme d’Appui à la Réinsertion des Sinistrés). Nous avons alors commencé à travailler dans le projet pour la réhabilitation des pistes et le traçage des caniveaux dans le VRI de Nkurye.
Par après, nous avons été affectées comme aide-maçon au projet de construction des maisons avec des briques stabilisées. Nous étions trois femmes apprenties et deux seulement ont été retenues pour poursuivre la formation de maçon.
Selon vous, pourquoi avez-vous été choisie et non pas les autres femmes ?
(L.K.) : A mon avis, les femmes dans ce genre de travail ont besoin de prouver qu’elles ont des capacités égales à celles des hommes. C’est un métier dur et qui demande aussi beaucoup d’intelligence. Ce qui a fait la différence, c’est notre courage, notre capacité de résistance à la fatigue car on doit travailler physiquement sept heures par jour. Aussi, il faut être rapide et efficace car on demande un grand rendement en peu de temps. J’avais des notions de maçonnerie, mais la construction avec les briques pressées a été une découverte car c’est une technique nouvelle dans notre région et je pense aussi au Burundi. Comme j’avais une certaine connaissance dans ce métier, j’ai vite démontré les capacités d’adaptation et d’apprentissage demandées.
Quel est l’avantage que vous procure votre nouveau statut de maçon ?
(L.K.) : Je ne pourrais pas énumérer tous les avantages liés à ce nouveau statut… A court terme, je vais recevoir une rémunération plus intéressante que les autres bénéficiaires du SRC. Ensuite, sur le long terme, je vais bénéficier d’une certaine stabilité de revenus car je dispose d’une expérience qui me permettra de décrocher du travail permanent et de devenir autonome sur le plan financier.
Comment évaluez-vous l’intérêt que vous a procuré la participation aux travaux de SRC ?
(L.K.) : Nous avons marqué un grand pas dans notre réinsertion socio-économique et dans notre vie professionnelle. Nous avons bénéficié d’une formation sans précédent dans un métier rémunérateur. En outre, la participation à l’amélioration du cadre de vie de notre communauté nous procure une estime et permet de venir à bout de nos charges en termes de frais de scolarité et d’alimentation. En plus, grâce à la sensibilisation que nous avons reçue, nous sommes devenus membres des associations mixtes d’auto-développement qui regroupent nous « les rapatriés » et nos frères et sœurs de la communauté d’accueil. Aussi, ces travaux ont eu un grand impact sur la cohésion sociale entre nos deux communautés.