La forte poussée démographique et l’amenuisement du capital terre hypothèque gravement le développement du Burundi. Des mesures urgentes doivent être prises pour stopper ou inverser la tendance constatent Diane Nininahazwe et Chantal Nimbona, journalistes burundaises. Toutes deux viennent de séjourner dans deux provinces du nord du Burundi (Kayanza et Ngozi), très peuplées et qui font face au problème endémique de surpopulation.
Leur séjour était inscrit dans le cadre de la préparation de la prochaine conférence de Rio +20. Elles ont fait partie d’une vingtaine de journalistes dit « groupe de Rio+20 » envoyés sur terrain du 22 au 25 mai dans le cadre d’un partenariat entre le ministère de l’environnement et le PNUD. Il s’agissait pour les journalistes d’effectuer des reportages en relation avec les thèmes inscrits dans le rapport envoyé par le Burundi au secrétariat de la conférence de Rio+20. La mission journalistique s’est rendue dans les provinces très peuplées de Kayanza et Ngozi, au Nord. Les journalistes ont échangé avec la population, les administratifs et les responsables des services décentralisés en charge de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement.
Chantal est journaliste depuis plus de 20 ans à l’agence burundaise de presse. Elle déplore un recul du développement durable depuis qu’elle a commencé à exercer avec sa plume. Diane, nouvelle dans le métier avec 2 ans et demi d’expérience, s’intéresse aux questions de santé et d’environnement. Elle travaille pour le compte d’une radio privée, « Radio sans frontière Bonesha FM ». Les deux journalistes d’âges professionnels différents recoupent les points de vue dans cette interview.
Depuis vos débuts en tant que journalistes, quel changement avez-vous remarqué en matière de développement durable ? L’évolution, est-elle positive ou négative ?
Chantal Nimbona (C.N.): Pas du tout positive ! Dans mes reportages, je remarque toujours les défis : pollution de l’environnement, déforestation, feux de brousse, changements climatiques, problème de protection des sols, mauvaise gestion de l’eau, baisse de la production agricole, ……
Quelle aura été votre contribution au cours de votre parcours professionnel ?
C.N : J’ai écrit sur ces problèmes en vue de la sensibilisation pour que les solutions soient mises en avant et que l’environnement soit protégé. En effet, sans environnement durable on ne peut pas parler de développement durable. Beaucoup de domaines souffrent, notamment l’agriculture.
Quel sentiment avez-vous après cette visite de terrain ?
C.N : Mon sentiment est qu’il reste beaucoup à faire. Un grand pas est à franchir parce que même les agriculteurs modèles restent pauvres. Les moyens mis à leur disposition sont une goutte d’eau dans l’océan. Il manque un encadrement pour augmenter la production, qui dépend actuellement de la clémence des pluies.
A votre avis, qu’est-ce qui doit être fait pour changer la situation actuelle ?
C.N : Le gouvernement devrait s’investir pour donner les moyens. J’ai été frappée par le manque de fumier disponible pour les terres des paysans. Les projets passent mais il n’y a pas d’appropriation ni de pérennisation par les populations. Le gouvernement doit aussi concentrer ses énergies sur le problème crucial de flambée démographique et planifier le développement en conséquence. Je regrette beaucoup que les jeunes soient de plus en plus exposés à l’exode rural. Aussi, bien que l’homme et la femme soient tous deux concernés par la reproduction, je pense que le moment est venu de centrer la sensibilisation sur la femme pour une meilleure régulation des naissances.
Professionnellement, quel est votre souhait le plus cher?
C.N : Mon vœu le plus ardent st que je puisse prendre ma retraite dans quelques sans dépeindre toujours un tableau sombre. Il faut que j’arrive à écrire sur l’amélioration de la situation avant mon départ !
Quel rôle peuvent jouer les journalistes en faveur du développement durable ?
D.N : La responsabilité du journaliste est de sensibiliser le public lors des temps d’antenne qu’il occupe. Il peut aussi inviter ses confères à parler des changements pour le développement durable lors des émissions, commentaires et animations.
Que vous a appris le séjour sur terrain ?
D.N : Lorsque l’on parle de développement durable dans les villes comme Bujumbura et autres centres urbains, on pense que l’on peut facilement atteindre le développement durable. Mais en se rendant dans le fin fond du pays on se rend compte de l’ampleur des menaces qui pèsent sur le développement durable. Ces sont ces enfants malnutris, mal vêtus, qui ne vont pas à l’école. En creusant, on se demande comment peut-on assurer un développement durable alors que les enfants ne vont pas à l’école ? Comment protéger l’environnement alors que les plus démunis sont laissés pour compte ?
Que peut être la contribution de jeunes pour faire de Rio + 20 un nouveau tremplin du développement ?
D.N. : Les jeunes sont nombreux dans tous les coins du pays. Il faut les impliquer dans les discussions sur le développement durable. Je peux dire sans me tromper que le développement durable n’est pas possible si il existe au Burundi une génération des oubliés. Les jeunes doivent donc prendre les devants aujourd’hui pour devenir responsables demain. C’est à eux qu’incombe la définition et la protection de l’avenir.
90 % de citoyens du Burundi vivent en milieu rural et sont agriculteurs. Ils exercent une forte pression sur les ressources naturelles avec comme principale conséquence la diminution de la production agricole et la dégradation de l’environnement. Le Pays a besoin de maîtriser trois principaux facteurs pour aspirer au développement durable, à savoir : la démographie, la production agricole et la préservation de l’environnement.