Caroline Gonthier, 28 mois au service du processus électoral burundais.

Photo de Caroline GonthierCaroline Gonthier vient de passer deux ans et demi au Burundi, au sein du projet d’appui au processus électoral mené par le PNUD. Après avoir vécu une expérience intense marquée par l’organisation de 5 élections en moins de 4 mois, Caroline quitte le Burundi pour de nouveaux horizons professionnels. A travers une interview accordée quelques semaines avant son départ, Caroline nous livre son regard sur l’expérience vécue auprès de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) et du bureau du PNUD au Burundi.

Quel est le parcours professionnel qui t’a mené jusqu’au PNUD?

C.G. : J’ai étudié en France, en Belgique et en Angleterre, d’où je suis sortie titulaire d’un Master en analyse de conflits internationaux, avec une spécialisation sur la résolution institutionnelle de conflits.

J’ai débuté ma carrière par des stages à la délégation de l’Union Européenne en Israël, et à Bruxelles chez Human Right Watch. J’ai ensuite travaillé pour différentes ONG dans le domaine des droits civiques européens, des droits fondamentaux des civils en temps de guerre et sur le renforcement des capacités des organisations de développement et humanitaires actives en zone de conflit. Par la suite, j’ai été employée par l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe ) dans les Balkans, en Macédoine où j’ai travaillé sur le renforcement des capacités de la police nationale. Plus récemment, en janvier 2010, j’ai été recrutée par le PNUD Burundi pour rejoindre l’équipe d’appui technique déployée au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour l’organisation du processus électoral de 2010.

En quoi a consisté ta mission au Burundi ?

C.G. : Chargée de reporting au sein de l’équipe d’appui technique au processus électoral, j’ai participé à renforcer les relations entre  les partenaires du projet et  la CENI. J’ai fourni également un appui important dans la coordination au sein de l’équipe technique. M’impliquer dans la coordination a été presque naturel compte tenu des 5 années d’expériences préalables accumulées dans la gestion et coordination de projets.

Quand le processus électoral s’est clôturé, le projet d’appui à la CENI a été prolongé et le PNUD avait besoin d’un gestionnaire de projet. Après une nouvelle sélection compétitive, j’ai eu l’opportunité d’être recrutée comme spécialiste de programme pour la phase post électorale. Ces nouvelles fonctions m’ont amenée en autres à soutenir la constitution d’un fichier électoral permanent  et le renforcement des capacités institutionnelles et individuelles de la CENI et de ses démembrements. Même si le projet se termine en fin d’année 2012, le PNUD va continuer à appuyer le gouvernement et la CENI, notamment à travers la mise en œuvre du plan d’actions stratégiques de la CENI jusqu’en 2015.

Quelles sont les principales réussites du projet dans lequel tu t’es impliquée?

C.G. : Le projet a appuyé la CENI dans la planification et l’organisation de 5 élections en moins de 4 mois, soit un véritable marathon électoral. Les opérations clés comprenaient la mise en place d’un centre de traitement de données, l’enregistrement de 3,5 millions électeurs dont 52% de femmes, la production et la distribution des cartes d’électeurs et la tenue de 5 scrutins électoraux qui ont permis d’élire les conseillers communaux, le président de la république, les sénateurs, les députés et les chefs de collines et de quartiers. Le processus a été paisible et la légitimité des résultats a été reconnue tant par les observateurs nationaux qu’internationaux.

D’un point de vue personnel, ce fut un réel privilège de partager avec les collègues de la CENI et de l’équipe d’appui technique des moments forts et intenses durant le processus électoral. Les liens d’amitiés qui se sont tissés au fil des mois ont participé à rendre cette expérience riche en émotion.

Quels sont les principaux défis rencontrés lors de ta mission au Burundi ?

    C.G. : La petite équipe d’appui technique a été déployée en janvier 2010 alors que la première des cinq élections de l’année avait  lieu en mai, et compte tenu du calendrier électoral (5 élections en moins de 4 mois) toute l’équipe a dû mettre les bouchées doubles pour appuyer la CENI dans la bonne organisation du cycle électoral. Pendant 6 mois, nous n’avons plus eu de vie en dehors des élections. Nous travaillions 12 heures par jour, 7 jours sur 7.  Ce fut une période pleine d’adrénaline durant laquelle l’épuisement était chaque jour conquis par la passion et la dévotion.

    Quels principaux enseignements tires-tu de ton mandat au PNUD Burundi ?

    C.G. : Cette expérience m’a permis de mieux percevoir le rôle et l’implication du PNUD dans la mobilisation et la coordination de l’aide internationale. A présent, j’ai aussi une meilleure connaissance de l’impact des projets et des programmes menés par le PNUD au bénéfice des institutions nationales et de la population, et une meilleure compréhension des activités concrètes et de la complémentarité des différentes interventions du PNUD, ainsi que de leur l’impact sur la consolidation de la paix et la promotion du développement durable.

    Selon toi, quels sont les défis qui attendent la CENI et ses partenaires pour les prochaines élections ?

       C.G. : La CENI, organe permanent mis en place en 2009 reste encore jeune et devrait bénéficier dans les prochaines années d’un appui technique assez global pour la planification et l’organisation des opérations électorales, notamment en vue des prochaines élections prévues en 2015. Il est certain que l’engagement du PNUD et des partenaires au développement permettront un accompagnement et un appui stratégique afin de renforcer la consolidation de la paix et de la démocratie au Burundi.

      Vers quels nouveaux engagements professionnels t’envoles-tu ?

       

      C.G. : Je vais me diriger vers de nouveaux horizons électoraux. J’ai récemment été engagée comme consultante pour renforcer la coordination et la communication du projet d’appui électoral en Afghanistan, et ce en vue des élections présidentielles qui auront lieu en 2014.

      Quelles sont les choses qui te manqueront le plus du Burundi ?

      C.G. : Je garde une affection toute particulière pour le Burundi et pour tous ceux et celles qui ont participé à rendre cette expérience unique et généreuse. Le Burundi et les burundais sont extrêmement attachants. Le pays est magnifique, verdoyant avec une température parfaite et constante toute l’année. Les gens vont beaucoup me manquer, ainsi que les amitiés que j’ai pu créer.

      Mon départ mêle à la fois le plaisir de partir relever de nouveaux défis au regret et à la nostalgie de quitter des amis et des collègues qui me sont chers. Ainsi en va la vie des expatriés avides de découvertes et de nouvelles expériences…mais je ne quitte pas le Burundi sans la ferme intention d’y revenir !

       

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