Le lac Rweru est l’une des principales réserves d’eau douce que compte le Burundi. Il fait également partie des lacs du nord du Burundi, une région connaissant de nombreux paradoxes. Bordée d’ étendues d’eau, elle souffre malgré cela des effets pervers du grand déficit hydrique observé par les populations environnantes. Celles-ci vivent dans la précarité et n’ont pas accès à des sources d’eau propre. En effet, les lacs du Nord servent de réservoir d’eau de consommation pour les populations, qui en même temps y lavent du matériel ménager, les habits, y rejettent des déchets ménagers. Les lacs sont également souillés par les sédiments apportés par l’érosion, les cultures se trouvant aux abords du lac, la pêche et le transport. Afin de préserver la biodiversité de ce lac et garantir une eau saine aux populations riveraines, l’association Burundi des Patriotes pour le Développement et la Réhabilitation de l’Environnement a engagé des actions de nature à assurer sa préservation. Cette initiative est appuyée par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), comme le souligne dans l’interview qui suit son représentant, M. Aloys Habonimana.
M. Habonimana, en quoi consiste le travail de votre organisation et pourquoi la protection de ce lac est-elle importante ?
A.H : Notre association s’occupe de la protection de l’environnement depuis 2005 et se penche au quotidien sur la réhabilitation et la protection de l’environnement. Aujourd’hui, nous sommes au nord du Burundi dans la province de Muyinga sur le lac Rweru, à la frontière entre Muyignga, le Rwanda et la province de Kirundo. Dans cette zone, le lac a une importance capitale. C’est une réserve en eau douce que les populations des collines environnantes de Nzove et Gishenyi utilisent pour leurs besoins quotidiens. C’est un endroit stratégique aussi pour le transport des biens et des personnes entre le Rwanda et le Burundi et entre Muyinga et la province de Kirundo. Malheureusement, ce lac connaît un problème majeur d’envasement de fond qui est dû à l’érosion des collines de Nzove et Gishenyi qui le surplombent. Avant ce lac avait 12 mètres de profondeur, mais suite à ce problème d’envasement, nous atteignons la profondeur de 4 mètres, diminuant ainsi dangereusement la réserve d’eau douce disponible pour la population environnante.
Quel est l’apport du FEM dans ce combat pour sauvegarder le Rweru ?
Le projet FEM/microsubventions a apporté un appui à l’association en lui donnant des moyens pour préserver ce patrimoine naturel. Le FEM a aidé dans la création d’une zone tampon délimitant les exploitations agricoles et le littoral sur une distance de 50 mètres. Le Fem a appuyé aussi la création de courbes de niveau sur lesquelles nous avons planté les herbes fixatrices et fourragères. Nous avons également créé des micro reboisements dans les exploitations agricoles en y introduisant des essences forestières et agroforestières comme l’eucalyptus, le grevillea, le calliandra et le cedrella. Actuellement, nous continuons à délimiter cette zone tampon afin de limiter les dégâts dans le lac ainsi que sur le littoral.
Comment procédez-vous concrètement pour la protection du lac Rweru?
Nous agissons par la création d’une zone tampon en plantant des herbes fixatrices et fourragères tout au long du littoral. De ce fait, nous protégeons l’eau douce du lac, l seule source d’eau saine pour 3000 familles, soit 15.000 personnes vivant à Gishenyi et Manyovu. Sans autre point d’eau, ni de puits disponibles dans cette localité, l’eau de ce lac est utilisée par les riverains pour l’agriculture, la boisson, la cuisson, etc. Sans ce lac, leur survie serait compromise.
Nous n’avons pas beaucoup de talwegs pour capter l’eau douce ni de moyens pour forer les puits. C’est pourquoi le FEM a mis une grande importance sur ce lac qui est utilisé par les populations de Kirundo et Muyiga. Hormis sa ressource en eau, ce lac est aussi exploité pour la pêche. Il est riche en poissons comme le tilapia et le poisson chat. On trouve aussi des ilots d’agriculture dans ce lac.
Nous sommes fiers de contribuer à la sauvegarde de notre lac. En effet, il y a quelques années, il n’y avait pas de réglementation sur la pêche. Actuellement, le gouvernement a pris la décision de réguler les activités piscicoles dans les eaux du Rweru et, aidé par notre association, on a pu éviter la pêche des alevins qui conduit à l’épuisement des ressources halieutiques dans la plupart des lacs et rivières du pays. Aujourd’hui, la population peut vivre de l’agriculture et d’une pêche de plus en plus contrôlée.
Il reste cependant de gros progrès a faire pour que les populations de la région aient accès à des sources d’eau autres que le lac, adaptées pour leur consommation alimentaire et sanitaires.