Le Burundi, pays indépendant depuis 1962, a connu au cours des 50 dernières années un partenariat fort avec les Nations Unies. Celles-ci ont contribué à de multiples projets visant à répondre aux besoins du peuple burundais. Un appui a été mis en œuvre dans différents secteurs dont les principaux sont la santé, l’éducation, l’agriculture, l’économie, la recherche scientifique, les télécommunications, la formation, les infrastructures, l’eau et l’assainissement, l’environnement, la mobilisation des bailleurs de fonds, la résolution des conflits et la consolidation de la paix,….
Mme Rosine Sori-Coulibaly, Représentant Spécial Adjoint du Secrétaire Général, Coordonnateur Résident des Nations Unies et Représentant Résident du PNUD au Burundi nous a accordé une interview dans laquelle elle aborde la coopération historique entre les Nations Unies et le Burundi.
Mme la Coordonnatrice, le Burundi vient de fêter 50 ans d’indépendance. Les Nations Unies accompagnent le pays depuis 1962. Pouvez-vous nous dire quels ont été les apports particuliers de l’ONU au Burundi au cours de cette période?
RS.C : Le Burundi a été admis comme membre de l’ONU le 18 septembre 1962, mais les rapports entre ce pays et les Nations Unies datent d’avant son indépendance. Ils sont nés de la nouvelle configuration des relations entre les grandes puissances dans un contexte marqué par les deux guerres mondiales qui ont introduit de changements importants dans la gestion des Nations. Le Burundi fut placé sous mandat belge par la Société des Nations après la première guerre mondiale, puis maintenu sous cette tutelle par les Nations Unies après la deuxième guerre mondiale.
Parlant de l’apport des Nations Unies, le mandat de l’ONU concerne les aspirations légitimes des peuples à la paix et au développement. Les Nations Unies dans leur ensemble, incluant les missions sécuritaires, politiques et les Agences, Fonds et Programmes ont joué un rôle catalytique pour un retour à la paix. Ils ont joué aussi un rôle clé dans le dialogue des accords de paix d’Arusha, l’accompagnement du processus démocratique, le respect des droits de la personne humaine et les grandes réformes de l’Etat en cours, sans compter la réintégration des populations affectées par le conflit. Le dialogue sur les politiques et stratégies nationales (Vision Burundi 2025, l’élaboration du CSLP2 -Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté de deuxième génération ) et le plaidoyer pour la mobilisation et la coordination de l’aide font partie aussi du type d’appui apporté par les Nations Unies.
Pouvez-vous nous parler de quelques réalisations concrètes?
RS.C : Je peux citer sans être exhaustive, quelques types de réalisations auxquelles les Nations Unies ont contribué :
L’appui aux accords de paix, le soutien aux élections de 1993, 2005 et 2010, le soutien au processus de démobilisation, l’accompagnement du dialogue politique et de la réconciliation, les consultations nationales en préparation de la mise en place de la Justice de transition, le suivi de la situation des droits de l’Homme et la protection de ces droits, le rapatriement de plus de 500,000 réfugiés, le soutien aux personnes vulnérables dans l’ensemble du territoire, la fourniture de nourriture, d’eau, de soins et de médicaments. Je peux citer également l’appui à l’éducation, à l’identification de solutions durables de réintégration et de développement.
Ces appuis ne sont pas tous traduits sous forme chiffrée. Je pense par exemple aux activités de conseils que nous menons. Toutefois, nos contributions financières représentent à elles seules environ 100 millions de dollars US par an à travers différents programmes.
Récemment, les Nations Unies ont orienté leur partenariat vers la consolidation de la paix au Burundi. Pourriez-vous nous parler précisément de l’action des Nations Unies au Burundi dans ce secteur?
RS.C : Au terme de la guerre, les Nations Unies ont investi leurs efforts d’abord à travers l’ONUB (Opérations des Nations Unies au Burundi) créée par la résolution 1545 du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 25 mai 2004, dans l’objectif de contribuer efficacement à la consolidation de la paix.
Dès la fin du mandat de l’ONUB, les Nations Unies ont décidé de conjuguer davantage leurs efforts en œuvrant de manière intégrée dans le cadre du BINUB (Bureau Intégré des Nations Unies au Burundi) né de la Résolution 1719 du Conseil de Sécurité des Nations Unies voté le 25 octobre 2006. Opérationnel du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2010, son mandat était d’appuyer le Gouvernement dans ses efforts vers la paix et la stabilité, en apportant une réponse cohérente et coordonnée du Système des Nations Unies sous la direction du Représentant Exécutif du Secrétaire Général (RESG).
Par la Résolution 1959 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le BNUB a vu le jour le 16 décembre 2010 et a débuté son mandat le 1er janvier 2011. Celui-ci a été prolongé par la résolution 2027 du Conseil de Sécurité de décembre 2011. Le BNUB a pour mandat de renforcer l’indépendance, les capacités et les cadres juridiques des institutions nationales essentielles, promouvoir et faciliter le dialogue entre les acteurs nationaux et appuyer les mécanismes destinés à assurer une large participation des citoyens à la vie politique. Le BNUB doit s’assurer de la bonne mise en œuvre de toutes les stratégies et politiques concernant les finances publiques et le secteur économique, la lutte contre l’impunité et la corruption, la promotion et la protection des droits de l’homme à travers la mise en place des mécanismes de justice de transition, fournir un appui au Burundi pour la présidence de la Communauté Est-Africaine. Il est également appelé à appuyer les efforts que fait le Gouvernement burundais pour professionnaliser les services nationaux de sécurité et de police et pour renforcer leurs capacités, en particulier dans le domaine de la formation en matière de droits de l’homme et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, et en vue de consolider la gouvernance du secteur de la sécurité. En outre, il est invité à aider le Gouvernement, en collaboration avec les autres partenaires, à mettre au point le nouveau Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté, mettent l’accent sur la consolidation de la paix et la croissance économique, en répondant aux besoins des populations vulnérables.
Quelles sont les priorités du pays appuyées par les Nations Unies à l’heure actuelle ?
RS.C : Au niveau de l’action dans un pays, les Nations Unies ont des instruments qui tracent ses priorités et les orientations de son programme. Il s’agit par exemple de l’UNDAF qui est le Cadre d’assistance des Nations Unies. Ce cadre assure des appuis coordonnés des agences présentes sur terrain pour un meilleur alignement sur les priorités définies par les burundais eux-mêmes.
Ainsi, sur la base du CSLP 2, en décembre 2011, les agences ont entamé la revue du programme en cours.
Cette réflexion menée avec le gouvernement et les partenaires au développement du Burundi a permis de fixer les trois axes de concentration du système des Nations Unies à l’horizon 2016:
- Axe 1 : Renforcement de l’état de droit, la consolidation de la bonne gouvernance et la promotion de l’égalité du genre
- Axe 2 : Transformation de l’économie burundaise pour une croissance soutenue et créatrice d’emplois
- Axe 3 : Amélioration des taux d’accès et de la qualité des services de base et renforcement du socle de la protection sociale.
A l’occasion des fêtes de l’Indépendance, avez-vous un message particulier à donner aux burundais et aux partenaires nationaux et internationaux ?
RS.C : Mon message est celui de l’espoir et de l’engagement de tous. Il est important de garder l’espoir en l’avenir en se disant qu’il est possible de sortir durablement des crises politiques et du sous développement. Mais pour se faire, il faut regarder dans la même direction et avoir la volonté partagée de consolider les acquis et de continuer à marquer des pas décisifs. C’est un appel aux Burundais qui ont vécu dans leur âme les différents conflits et qui mieux que quiconque savent ce que vaut la paix.
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