La réserve naturelle de la Kibira en danger

photo de la KibiraLa commune de Bukinanyana perchée au nord du Burundi, à la frontière rwandaise, fait partie de la Kibira, la deuxième grande réserve naturelle du Burundi. Inscrite sur le registre des aires protégées, ce parc national est chaque jour soumis à l’exploitation illicite de l’or, du bois d’œuvre et d’espèces protégées. Loin des bureaux des responsables administratifs communaux et provinciaux, cette forêt est peu surveillée et les  autorités des collines environnantes ferment souvent les yeux sur les abus, voire même participent à l’exploitation prohibée des ressources naturelles. Cette situation révolte l’administrateur de Bukinanyana, M. James Samagogwa, qui a décidé de prendre le taureau par les cornes en impliquant l’administration, les corps de sécurité et surtout la population riveraine. Dans l’entretien suivant, il brosse l’état de la situation et les mesures à prendre pour préserver le parc national de la Kibira.

Monsieur l’administrateur, quelles entraves rencontrez-vous pour faire respecter la forêt de la Kibira ?

photoJ.M : Les problèmes se posent au niveau des deux collines de Nderama et Buhembe. Les habitants  de ces collines s’adonnent au défrichement, à l’exploitation du bois et à l’orpaillage en toute illégalité. Ces derniers jours en collaboration avec les forces de l’ordre et les responsables de l’environnement, nous menons des actions d’envergure pour les empêcher de détruire davantage notre forêt. Le combat n’est pas facile, mains nous sommes engagés et nous y parviendrons. En effet, les détracteurs de notre développement, sont  frontaliers avec la Kibira. Comme nous venons de loin, ils s’informent avant notre arrivée pour fuir les lieux.  Quand nous arrivons, nous ne les trouvons pas sur place. Notre première action est de casser leur système d’information et de communication.

Comment allez-vous procéder ?

J.M : J’ai eu la chance d’être élu membre du comité de protection de l’environnement. Le Chef de zone Bumba dont relèvent les deux collines est aussi membre de ce comité. La première chose que nous allons faire est d’impliquer les populations riveraines dans le reboisement  des espaces démolis. Nous allons les sensibiliser pour les tenir responsables des actes de barbarie qui se commettent dans la forêt. Nous allons transformer chaque riverain de la Kibira en garde-forestier avec l’obligation de dénoncer ceux qui passent outre la loi.  Deuxièmement, nous allons nous impliquer nous-mêmes et faire participer les autres services concernés pour stopper les activités de destruction de l’environnement. Une ligue conjuguant les efforts  de la direction des forêts, des responsables administratifs à tous les niveaux, des forces de sécurité, viendra  à bout de ces pratiques désastreuses.

Que faire en cas de résistance des riverains et des  administratifs qui tirent profit de la jouissance illégale de la Kibira ?

J.M : Je reconnais qu’il y existe des administratifs à la base qui favorisent implicitement cette exploitation illégale. Ils tirent un profit personnel au détriment du développement de toute une nation. C’est à ce niveau que nous allons intervenir sérieusement. Le chef de la colline Nderama vient d’être relevé de ses fonctions suite à un tel manquement. La loi sera appliquée dans toute sa rigueur.

Croyez-vous que cela est suffisant ?

Les populations doivent comprendre pourquoi nous protégeons cette ressource naturelle. Notre autre cheval de bataille est d’expliquer l’importance de protéger l’environnement et la Kibira en particulier. Faire comprendre à ses riverains son utilité en matière économique et écologique est aussi notre préoccupation. Saboter l’environnement nuit au développement.  En notre qualité de leader, notre rôle et de faire valoir que la forêt et son écosystème sont source de développement et de vie, insiste Jean Marie.

Au Burundi,  on estime qu’entre 1990 et 2010, près de la moitié des forêts ont été décimées. Si rien n’est fait pour inverser la tendance, d’ici 29 ans, la totalité du territoire aura été totalement déboisé.

Ce constat   a poussé le gouvernement et ses partenaires au développement dont le PNUD et le FEM (Fonds pour l’Environnement Mondial) à mettre en œuvre des programmes de restauration et de protection de l’environnement dont le projet « Amélioration de l’efficacité du système de gestion des aires protégés pour la conservation de la biodiversité  au Burundi, à travers l’engagement des parties prenantes » qui s’intéressent aux deux parcs nationaux du pays la Kibira et la Ruvubu qui sont les plus importantes aires protégées du pays, soit  60% des réserves naturelles du Burundi.

 

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