Interview de Dieudonné Ndagijimana, projet biodiversité

dieudonneDieudonné est ingénieur agronome. Il travaille dans le projet biodiversité du PNUD depuis juin 2012. Auparavant, il occupait les fonctions de directeur de l’environnement à l’INECN.

  1. Quels sont les défis liés à la protection de l’environnement au Burundi ?

Les citoyens burundais, toutes catégories confondues, ne comprennent pas toujours l’importance de la conservation de la nature. Beaucoup sont davantage préoccupés par les avantages qu’ils peuvent tirer aujourd’hui des ressources naturelles, sans se préoccuper de l’impact sur le futur. Cette attitude va de pair avec l’absence de préoccupations environnementales dans les politiques sectorielles des ministères. Les outils de protection de l’environnement comme les lois, les plans de gestion ainsi que les financements ne sont pas encore suffisamment adaptés à la réalité de terrain et aux enjeux. La surpopulation des zones riveraines des parcs naturels et la pauvreté exercent une pression énorme sur les aires protégées. Les populations démunies sont à la recherche de ressources naturelles à exploiter. Il y a encore des terres fertiles dans les parcs et elles sont très convoitées. Ce problème est exacerbé par l’absence de zones tampons autour des aires protégées. Ces couloirs de protection quand ils existent préservent les territoires riches en biodiversité, ils agissent comme une soupape qui réduit les menaces et les incursions.

Depuis plusieurs années, nous constatons l’impact négatif des changements climatiques : sécheresse de zones entières, diminution des niveaux d’eau, disparition des rivières. La biodiversité est menacée par les changements dans les conditions climatiques et la dégradation des terres entraînée par l’érosion.

 Quelles réponses apporte le projet biodiversité du PNUD aux diverses problématiques rencontrées dans les aires protégées du Burundi?

Nos actions visent l’amélioration de l’efficacité de gestion de la biodiversité du système des aires protégées au Burundi, à travers l’engagement des parties prenantes. Dans le passé, le système de gestion ne tenait pas compte des différents acteurs concernés par les parcs naturels. Il y avait l’INECN qui travaillait avec des gardes qui fonctionnaient comme un corps de police, sans tenir compte du rôle de l’administration locale et des populations. Aujourd’hui, le projet a pour objectif d’impliquer les principaux acteurs concernés par les aires protégées dans leur gestion, notamment les populations riveraines, les administrations locales, la société civile. Pourquoi ? Il a été établi que si la population n’est pas impliquée dans la gestion des parcs, les infractions continuent. Nous travaillons donc la gestion participative par la création de comités d’appui. Les populations actives dans ces comités vont être appuyées par le PNUD pour créer des associations génératrices de revenus. Nous continuons également les actions de sensibilisation et d’information : dans un esprit de vulgarisation et d’information, nous venons de traduire en kirundi les lois relatives à la protection de l’environnement.

Le renforcement des capacités institutionnelles est également une priorité: les compétences de l’INECN doivent être développées pour gérer de manière optimale les aires protégées et coordonner les parties prenantes. Les employés sont en train d’être formés et leurs conditions de travail sont améliorées peu à peu à travers la réhabilitation des infrastructures de coordination des aires protégées. 6 véhicules, 8 motos et 103 vélos ont été remis à l’INECN pour faciliter les déplacements et le travail de terrain des employés. Une attention particulière sera portée sur la promotion du tourisme pour que l’INECN puisse générer des recettes et être autonome financièrement.

Après un an d’existence du projet biodiversité, quels résultats avez-vous déjà enregistrés?

Nous percevons peu à peu un changement de mentalités au niveau des communautés : c’est notre première réussite. Nous avons tenu beaucoup de réunions pour mettre en place les comités au niveau collinaire. Notre équipe a passé du temps pour expliquer l’importance du parc. Quand nous avons commencé à aller sur le terrain dans le parc de la Ruvubu, le constat était dur : les activités de braconnage étaient très élevées car il s’agit du seul parc qui possède du gros gibier comme les buffles et les antilopes. Ces activités illicites ont diminué depuis nos sessions de sensibilisation. Certains braconniers ont rédigé une lettre d’engagement déclarant qu’ils abandonnent le braconnage et demandent qu’on les appuie dans la création d’activités économiques alternatives.

Quelles sont vos motivations personnelles pour vous engager en faveur de la protection de l’environnement ?

C’est un domaine passionnant. Etudiant, j’ai effectué mon stage et mon mémoire de fin d’études à l’INECN. J’y ai travaillé et y ai appris beaucoup de choses, comme l’importance socio économique et écologique de la biodiversité. J’ai compris que si une seule espèce disparait, cela a un impact terrible sur la chaine de la vie. Au fur et à mesure que je maîtrise les enjeux lié à l’environnement, je me passionne de plus en plus pour la cause de la protection de la biodiversité.

 

 

 

Sébastien Taylor, chargé de communication et de plaidoyer pour le programme VNU.

SebastienL'unité du programme des Volontaires des Nations Unies compte depuis le mois de février un chargé de plaidoyer et communication. Son rôle? Soutenir la mise en place du programme national de volontariat et donner plus de visibilité aux actions émanant du bénévolat au Burundi.

A travers une brève interview, Sébastien nous donne l'opportunité de mieux le connaître...

En quelques mots, qui es-tu?

 J’ai 26 ans, issu d’une fratrie de triplés nés aux USA de mère française et père anglais. J’ai habité 24 ans en Belgique et un an au Brésil, où j’ai pu suivre une année d’études après ma formation secondaire. Cette expérience en Amérique Latine a changé ma vie et m’a donné l’envie de m’intéresser aux autres cultures.   Cette sensibilité ainsi qu’une passion pour les arts (notamment cinématographiques) m’ont amené à étudier la communication appliquée (IHECS, Belgique). Après avoir obtenu le master, j’ai réalisé une spécialisation en communication pour le développement. J’ai pu acquérir de l’expérience dans ce domaine à travers un stage au bureau de l’UNICEF Mozambique. Sur place, je me suis essentiellement impliqué dans une campagne de sensibilisation utilisant les radios communautaires, média pour lequel j’ai une réelle prédilection.

Après avoir suivi quelques formations dans le secteur du cinéma, j’ai travaillé à Londres dans le cadre des Jeux Olympiques pour une société d’énergie temporaire. Fin 2012, je me suis impliqué plusieurs mois dans l’organisation de l’évènement médias TedXIHECS comme chargé de communication et de contact avec les artistes (plus d’info: facebook.com/TEDxIHECS)

 Quelles seront tes responsabilités au sein du programme VNU Burundi?

 Chargé de plaidoyer et communication, je vais appuyer la visibilité et le développement du nouveau programme de volontariat national du Burundi. Ce dernier devrait être signé et lancé officiellement dans les semaines à venir. Dans ce cadre, je vais soutenir et stimuler les initiatives volontaires locales qui s’apparentent à ce programme.

Mon poste m’amènera également à appuyer le service VNU au Burundi en rendant plus visibles les activités, en créant des synergies inter-agences et en améliorant l’image et la notoriété des volontaires des Nations Unies

 Quelles ont été tes motivations pour t’engager comme volontaire des Nations Unies au Burundi?

 Actif depuis 15 ans comme bénévole au sein d’une association œuvrant dans le domaine de l’éducation à la paix et à l’interculturalité (Children International Summer Village), le volontariat est un engagement qui me tient à cœur. Ce poste représente aussi une opportunité pour m’impliquer à nouveau dans la communication pour le développement. Les activités à réaliser me rapprochent en effet de ce secteur par la dimension de promotion du volontariat national au Burundi.

Lors de la formation au siège des VNU à Bonn, j’ai pu rencontrer des personnes venant de tous les pays du monde avec la même envie de faire bouger les choses. Cet état d’esprit a renforcé davantage ma motivation de m’engager comme volontaire des Nations Unies.

Le Burundi était jusqu’il y a peu un pays inconnu. Je ne le connaissais qu’à travers les impressions et échos transmis par des amis burundais de Belgique et via des connaissances qui avaient visité le pays dans le cadre de la coopération. Ils m’ont informé, guidé, séduit. Me voilà à présent sur place pour découvrir ce pays avec mes propres yeux!

 

 

 

Félicité, nouvelle recrue au service des volontaires!

FeliciteDepuis le début du mois de janvier, le programme VNU peut compter sur l’apport dynamique d’une nouvelle assistante : Félicité. Responsable du dossier de 34 volontaires, Félicité n’en n’est pas à sa première expérience au sein du Système des Nations Unies. A 37 ans, mère de 4 enfants, elle a déjà multiplié les engagements professionnels auprès d’ONG reconnues et d’institutions onusiennes. Déjà très occupée par la prise de ses nouvelles fonctions, Félicité a accordé quelques minutes à l’équipe communication du PNUD dans le cadre d’une interview.

Félicité, d’où viens-tu et quel a été ton parcours professionnel avant d’arriver au programme VNU ?

Je suis originaire de la région naturelle du Kirimiro, en province de Gitega. Après avoir étudié au département langues et littérature anglaises de la faculté des lettres et sciences humaines à l’Université du Burundi, j’ai démarré ma carrière professionnelle comme journaliste à la RTNB (Radio télévision Nationale du Burundi). J’étais en charge de programmes radio en anglais et en français.

En 2006, j’ai signé mon premier contrat avec les Nations Unies. J’ai travaillé comme assistante linguistique à l’ONUB (Bureau des Nations Unies au Burundi), auprès de la police militaire. Mon équipe était en charge de rédiger et de traduire les rapports sur les accidents et les incidents. J’ai appris énormément grâce à cette expérience. Les collègues kenyans, à l’époque nombreux au sein de la police militaire, m’ont enseigné le swahili.

J’ai ensuite était employée au Conseil Norvégien pour les Réfugiés, où j’ai exercé les fonctions de secrétaire bilingue pendant 2 ans. En 2009, à la fin de mon contrat, j’ai intégré le PNUD en tant qu’assistante standard et réception au CISNU (Centre Intégré de Services des Nations Unies). Trois ans plus tard, me voilà au service des volontaires des Nations Unies.

Quelles ont été tes motivations pour postuler au programme VNU ?

M’impliquer dans ce poste représente pour moi une opportunité de donner ma contribution au développement de mon pays et à l’amélioration des conditions de vie des burundais. Cette nouvelle fonction me permet également de progresser dans ma carrière : c’est en quelque sorte une promotion et une nouvelle performance qui compte dans mon CV.

Quels sont les opportunités et les défis de cette nouvelle fonction ?

Je travaille au service des volontaires. Je suis très fière de pouvoir les aider. Je peux voir les résultats concrets de mon travail à la fin de la journée, c’est très gratifiant. Mais ce travail n’est pas de tout repos ! Je dois fournir de nombreux efforts car les tâches à remplir sont nombreuses et variées. Les premiers mois seront sans doute difficiles mais je suis certaine d’y arriver !

Que représente pour toi le volontariat ?

C’est un don de soi, être attentif aux autres. Etre volontaire, c’est donner sans attendre un retour. C’est une forme d’idéal de vie. Je suis heureuse d’être au service du programme volontaire et je suis prête à donner le meilleur de moi-même pour aider à l’amélioration des conditions de vie des burundais.

 

Lutte contre les VBG : Rencontre avec Ndayisaba Joseph, professeur à l’université du Burundi.

Le professeur Joseph Ndayisaba, diplômé en orthopédagogie, enseigne à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université du Burundi. Il est également responsable de la chaire UNESCO en éducation à la paix et résolution des conflits.

Les violences basées sur le genre sont un véritable fléau au Burundi. L’Etat a récemment clamé sa volonté de réprimer davantage ces crimes, notamment en ratifiant certaines conventions et lois internationales. Le PNUD soutien les efforts de l’Etat en appuyant le Centre de Formation Professionnelle de la Justice (CFPJ) dans la formation des magistrats burundais à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG).                                                                            

M. Ndayisaba a joué l’important rôle de facilitateur lors de cette formation qui a eu lieu en décembre 2012 et qui a rassemblé 27 magistrats, qui par la suite répliqueront ces formations au sein de leur juridiction. M. Ndayisaba partage dans l’interview ci-dessous sa vision de la lutte contre les VBG au Burundi.

1.Comment le Burundi est-il affecté par les violences basées sur le genre?

L’ampleur des VBG au Burundi est extrêmement élevée. La Chaire Unesco a réalisé une étude nationale sur le sujet qui révèle que depuis 2003, le nombre de VBG est en hausse. L’éventail des victimes est large, de nombreux enfants souffrent de ces violences. 12% des viols déclarés dans le pays sont pratiqués sur des mineurs de mois de 5 ans, et 99% des cas de VBG concernent les femmes et les enfants… La première raison des violences perpétrées contre les femmes est la mise au monde par une épouse d’un nombre élevé de filles…

Malheureusement, la prise en charge psychologique des victimes est quasi inexistante. Notre pays fait face à une réelle pénurie de psychologues. Chaque année seulement 30 psychologues sortent diplômés des universités. Quant aux auteurs des viols, ils ne bénéficient d’aucun suivi thérapeutique et risquent donc de récidiver après leur sortie de prison.

2.Quelle est la pertinence d’organiser une formation spécifique en VBG pour les magistrats?

Les études menées sur les VBG par des organisations spécialisées (Centre Seruka, Ligue Iteka…) démontrent clairement que le phénomène des VBG est banalisé au Burundi. Les communautés ont pour coutume de régler les cas de violences « à l’amiable » pour ne pas détruire les relations entre les familles. Peu de cas sont traduits en justice. La plupart des auteurs sont proches des victimes, ce sont des voisins, des cousins… La population majoritairement pauvre, pardonne l’auteur s’il accepte de marier la victime…

Au niveau des services judiciaires, on constate aussi une banalisation de ces crimes. Il existe une grande diversité dans le traitement des viols. Certains auteurs sont emprisonnés, d’autres ayant commis les mêmes méfaits écopent juste d’une amende… Or le code pénal réprimant les VBG existe et il est précis.

La dimension genre dans les relations sociales au Burundi n’est pas intégrée et par conséquent peu prise en compte par les magistrats, d’où l’importance d’organiser ce type de formation pour sensibiliser et informer les hommes de lois sur ce type de criminalité. Lors du premier jour de notre session, des débats houleux ont eu lieu au sujet du genre. Le thème reste sensible.

 3.Quelles sont les principaux moteurs pour le bon déroulement de cette formation?

Nous nous appuyons avec les autres formateurs sur les conventions internationales (droits de l’enfant et lutte contre les VBG) qui font partie de la législation burundaise. Les informations diffusées largement dans les médias au sujet des VBG nous aident aussi à sensibiliser les participants à la formation.

 

4. A quels obstacles faites-vous face dans le déroulement de la session?

La principale difficulté est la mentalité liée à la tradition et qui véhicule de nombreux préjugés sur les femmes. Ces préjugés touchent toutes les couches sociales de la population… D’autre part, il existe malheureusement une distance sociale importante entre les magistrats et les principales victimes de VBG qui sont les femmes rurales. Les policiers et les tribunaux sont loin des victimes. Cela prend du temps et de l’énergie de monter un dossier et de porter plainte. Les communautés et les autorités collinaires doivent être renforcées et formées dans la prise en charge des cas de violence basée sur le genre.